Salutations

  S'installer ailleurs, une grande aventure...
Je la vivrai avec vous, si vous le voulez bien :).
 

Je suis là, blottie dans mon lit, sous la couette : musique à fond, des étoiles au plafond, mes bouquins pour dessus-de-lit, mes dessins pour oreiller, et vous pour m'accompagner dans ce drôle de rêve. 

Pour autant, rien n'exclut les moments de folie, les fous rires endiablés, les délires assumés et les prises de position passionnées !
Aussi je vous invite à suivre mes pérégrinations... aussi bien virtuelles, que visuelles, imaginaires, touristiques, méditatives, sentimentales, estudiantines ou festives. 

Bien à vous,
Astérie*

P.S. : Pour suivre au mieux l'actualité de ce blog, parfois...chaotique ;-), n'hésitez pas à syndiquer ce site grâce au flux rss (si vous avez Mozilla Firefox, un simple clic suffit sur le lien sous mon profil, à droite).

Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 10:17

Alors, en fait, comme vous expliquer... J'imagine que les photos parleront mieux que moi de ce week-end :

P1040913.JPGEn gros, j'ai passé deux jours sur un catamaran, et c'était juste...

 

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Incroyable. Quitter la Grande Terre pour le large, passer la nuit en mer...

 

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Jeter l'ancre près d'un îlot qui se découvre à marée basse et plonger au milieu des requins.

Ou suivre les poissons coralliens jusqu'au tombant, appréhender l'infini, "Le Grand Bleu".

 

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Lever l'ancre, se diriger vers l'Îlot Table. Mettre le Zodiaque à la mer, accoster, explorer l'Îlot en tongs sur les rochers. Y rencontrer des tricots rayés rouges sang (serpents marins d'ici, rappelez-vous la version décolorée), des noix de coco échouées, un requin mort sur le sable, des oiseaux marins rarissimes et j'en oublie...

 

 


Mais puisqu'il faut bien "revenir sur terre" (jamais cette expression n'a été aussi vraie),

nous passons le dimanche à Koumac, à explorer les environs.

 

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Perdus dans la montagne, nous nous dirigeons vers une séance de spéléologie.

 

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Après une laborieuse randonnée en 4x4 dans la brousse montagneuse,

nous trouvons enfin...

 

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...une faille, c'est-à-dire l'entrée de la grotte. Non répertoriée.

Toujours envie d'y mettre les pieds...?

 

P1050077.JPGLa réponse est oui, évidemment ! Même pas peur des trois mètres abrupts à descendre,

il suffit de s'agripper aux stalactites les plus solides... Et d'y aller tranquillement.

 

P1050086.JPGAu final, nous y descendons à 6, dans une atmosphère... légèrement oppressante.

 

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Je devine vos questions : OUI c'est dans ce trou-là-bas-au-fond qu'il fallait se glisser

pour accéder à la deuxième caverne.

 

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Le preuve en image. Attention à la tête, il ne faut pas abîmer ces fragiles stalactites.

 

P1050098.JPGAmbiance cathédrale ou descente aux enfers, au choix.

 

P1050100Eblouis par nos lampes torches, les cristaux s'illuminent.

 

P1050104.JPGPlutôt descente aux enfers, après réflexion.

 

P1050105.JPGPlafond version dentelle satanique.

 

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Parfois, je vous l'accorde, ça pouvait être étroit. Le genre de moment

où l'on se demande : pourquoi diable a-t-on une paire de seins ?

 

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Question que je n'ai pas fini de me poser lorsque je découvre la sortie,

6 mètres plus haut. Escalade à l'arrache au milieu des éboulis, facile.

 

Vous l'avez compris, c'était un week-end incroyable. Pour nos guides, c'était somme toute assez banal, pour une Zoreille comme moi, du jamais vu. Du genre qui donne envie de s'inscrire en Ecole de Voile et de faire le tour du monde en catamaran. Si jamais je disparais un jour de la surface terreste, vous saurez où me trouver... Sur mer ou sous terre :).

 

Un grand merci à la famille de Simon qui nous a fait découvrir les beautés de Koumac et des environs.

Pour sûr, ce week-end valait de l'or.

 

Sarah*

Par Astérie* - Publié dans : Au plus proche du paradis
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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 14:05

Week-end de Pâques, c'est décidé, on sort de Nouméa comme des grands, direction LE SUD. 300 km en 3 jours, facile. Sauf qu'on est en Nouvelle-Calédonie.

Carte-sud-pour-blog-2.jpg

Petite carte piquée sur le web : comme vous pouvez le voir, on part de Nouméa,

déjà très au sud (côte ouest) pour dépasser Mont-Dore et remonter jusqu'à Yaté par la côte méridionale.

 

Donc, une fois sortis de la ville, on oublie les routes : bonjour les pistes, nids-de-poule inclus. Assez étonnant de découvrir un territoire entier du pays, pourtant développé, sans routes dignes de ce nom. D'où les énormes 4x4 qui pullulent, tout s'explique.

 

Deuxième évidence qui s'offre à nous une fois sorti-e-s de la capitale : au sud, la terre est très, très rouge... Et les paysages très très sauvages...

 

P1040732.JPGAlors, après une petite heure de route, le paysage donne à peu près ça...

 

La terre est rouge, le sable aussi. Exit les plages immaculées, à la baie de Port Boisé il faut être prêt à sacrifier son maillot de bain et ses habits clairs pour se frotter à la latérite, roche très rouge qui abonde dans le sud. Pour tout vous dire, après un week-end en tongs, on aurait dit que mes pieds étaient teints au henné.

 

P1040747.JPGPas vraiment de ressemblance avec l'Îlot Maître ! (cf. billet précédent)

 

Ce week-end était à vrai dire assez foutraque : la voiture lancée sur les routes (euh, les pistes), nous nous sommes un peu laissés porter par le vent. Aucune infrastructure touristique, à peine quelques vagues panneaux deci-delà. Au premier "camping" nous bifurquons pour nulle part (vous commencez à comprendre que c'est souvent le cas ici), arrivons chez des gens... Ah non, dans un camping. A gauche, une maison perdue dans les cocotiers, à droite un vaste bosquet au bord de la mer (ci-dessus) où planter les tentes et suspendre les hamacs. En clair, on a joué aux Robinson Crusoë et c'était chouette ! Repas au feu de bois, nuit sous les arbres (et pour la 1e fois, on a failli mourir de froid : OUI il peut faire très très frisquet même sous les Tropiques. Note pour moi-même : acheter un sac de couchage), photos sur la plage (ci-dessous)... Un vrai dépaysement into the wild.

 

P1060519.JPGMême plage de nuit, avec un temps d'exposition de l'appareil-photo d'1 min, ce qui explique la clarté.

Au loin, des bâteaux, en haut les étoiles !

 

La Baie de Port Boisé nous a également offert une jolie balade "du Trou d'Eau" en bord de mer, entre pins et palétuviers. Le temps s'arrête, plus que le ciel bleu, la forêt, la mer... et nous.

 

P1040763.JPGLes palétuviers, les pieds dans l'eau avec leurs racines apparentes

 

P1040769.JPGBalade sur les rochers

 

P1040783.JPGDe temps à autres, le paysage se découvre. Vue sur la baie

 

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L'occasion de s'amuser avec l'appareil dans le soleil déclinant

 

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Un peu partout le regard est attiré par des curiosités cachées

 

P1040796-copie-1Coucher de soleil !

 

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Qui coïncide avec notre arrivée au "trou d'eau". Pour le coup, on a tellement fait durer la balade qu'on ne profitera pas vraiment de la baignade, il est temps de rentrer.

 

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P1040817.JPGP1040819.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toujours quelques petits délires photographiques...


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Baignade pour finir tout de même !

 

Le lendemain nous partons pour la Baie de Goro après une pêche matinale. Oui vous avez bien lu, je me suis essayé à taquiner le poiscaille, sous l'oeil "bienveillant" de mon instructeur-en-chef (après, la chasse, la pêche, mais que va dire papa !) Autant vous dire que je n'ai rien pêché, mais j'avoue, on s'est bien amusés. Pour information, j'ai pêché la seiche à la TURLUTE. Hum. Ces pêcheurs sont plein d'humour...

 

On a ensuite établi le camp dans un deuxième camping en bord de mer (cette fois-ci, on s'est vraiment endormis au son du ressac, terrible). J'aurais bien voulu vous montrer en image la splendide cascade qu'on a escaladé lestement le lendemain après-midi, mais malheureusement j'y ai fait tomber mon appareil dans l'eau, gné... Heureusement il a survécu, mais sur le coup, point de photo.

 

On a embrayé sur une sortie "kayak de mer" loué au propriétaire du camping --un sympathique Provençal marié à une Kanak, je suis toujours impressionnée de voir ces couples mixtes défrayer les assignations identitaires et culturelles qui nous empêchent d'ordinaire de comprendre l'autre, cette altérité.

L'occasion d'emmener, une fois de plus, les cannes à pêche (je crois que vous l'avez compris, je suis amoureuse !) au fil de l'eau. L'un pagaie, l'autre pêche, on alterne, heureusement personne ne filmait, je suppute un duo à la Laurel et Hardy assez ridicule (mais très rigolo je n'en doute pas !). Au final, j'ai ma 1e touche, halleluja. Malheureusement le malotru s'est échappé, me laissant toute dépitée. Ce n'est pas grâce à moi que l'on mangera ce soir... Et pas non plus grâce à Bastien, qui lui se fait gober l'hameçon tout cru sans voir l'ombre d'une écaille, hahaha ! (rire frustré, j'aurais vraiment vu de bon ton un bon gros poisson sur notre barbecue nocturne)

 

Et pour finir, tandis que la plupart d'entre vous courait joyeusement l'oeuf en chocolat et frôlait la crise de foie, nous nous en fûmes joyeusement du côté de Yaté. Point de cliché du lac, pourtant notable mais pas très photogénique ; en revanche, une longue balade et une baignade dans la rivière, que demander de plus ?

 

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Photo cliché devant la Baie de Yaté

 

P1060591.JPGRando dans les hauteurs ; au loin, très loin, quelque part, le lac de Yaté

 

Sur ce je vais vous laisser, pas loin d'une heure et quart pour charger ces fichues photos, il va être temps d'embrayer sur la suite... Comme vous le voyez, les paysages défilent et ne se ressemblent pas, j'espère arriver à mon but final vous motiver à venir nous rendre visite ! De mon côté, je continue de programmer les week-ends, en espérant continuer de découvrir ce pays magnifique.

 

Donnez-moi de vos nouvelles vous qui passez par là.

 

A très bientôt,

 

Sarah*

Par Astérie* - Publié dans : Au plus proche du paradis
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Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 10:44

Pour une fois, pas vraiment envie de blablater, je vais juste laisser les photos parler d’elles-mêmes… (cliquez dessus pour les voir en plus grand) Dites-vous juste que le topo de ce dimanche donnait : « Bon, on fait quoi aujourd’hui ? Plage ? Ouais, bon, on va voir ce qu’on peut trouver… » Résultat des courses, taxi-boat et hop, Îlot Maître, à 20 minutes de bateau de la côte de Nouméa (vue d'en haut ça donne ça).


Chaleur écrasante, clapotis des vagues, ciel bleu, un petit brin de vent… Durs les week-ends… (et comme tout le monde ne fait que nous le rappeler, « Et franchement, Nouméa, c’est rien. »)


Bref, j’ai passé quelques heures au paradis. A 4 milles de la ville.

 

 

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1er objectif, trouver un petit coin à l'ombre des cocotiers

 

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1e baignade, juste histoire de voir

 

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Ouais, pas mal...

 

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Mais bon, c'est un peu chiant, l'eau est trop chaude, 28°C, ça ne rafraîchit pas... :D

 

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Sternes locales

 

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Ca, c'est pour quand on sera riches

 

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Le tricot rayé, serpent marin local, mortel mais tranquille.Ou "tranquille mais mortel"

 

Voilà, c'était juste pour se mettre l'eau à bouche. Après un mois sur place, je pense que vous avez compris que le bilan est... paradisiaque ! On aimerait bien pouvoir prendre des photos de ce que l'on voit sous l'eau (d'une beauté indescriptible), car on a quand même plongé en PMT (palmes-masques-tuba) pendant une heure et demie, vu des tortues, des raies, des poissons-clowns dans leurs anémones, des poissons-perroquets... Et encore, ce n'était qu'une prairie sous-marine (herbe au fond de l'eau), on est loin des récifs coralliens vus sur l'Îlot Canard !

 

Ce week-end, road-trip dans le sud. Plein de photos à venir !

 

Sarah* Crusoé

Par Astérie* - Publié dans : Au plus proche du paradis
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Mardi 20 mars 2012 2 20 /03 /Mars /2012 03:21

J'en reviens à peine, et je ne veux déjà qu'une chose : vous faire partager un incroyable week-end en tribu kanak pour mettre des mots sur cette aventure inoubliable.


Bienvenue en Kanaky

Si d'aventure vous posez un pied en Nouvelle-Calédonie, sachez que vous débarquez sur une terre riche de peuples très différents, qui vivent côté à côte sans trop se mélanger :

  • les Métro ou Zoreilles, catégorie à laquelle j'appartiens, c’est-à-dire les Métropolitains fraîchement débarqués, en transit sur le Caillou, reconnaissables à leurs coups de soleil ;
  • les Caldoches sont les « blancs » descendants des Européens installés depuis plusieurs générations. On les trouve principalement à Nouméa et en brousse sur la côte Ouest ;
  • les Polynésiens, principalement des immigrés de Wallis & Futuna, forment la plus grosse communauté (plus nombreux en Nouvelle-Calédonie que sur leurs îles respectives), reconnaissables à leur stature incomparable, à côté desquels Bastien fait figure de crevette mal nourrie ;
  • les Asiatiques, principalement vietnamiens, à qui l'on doit la nourriture pas chère vendue dans leurs bouibouis quand tout le reste de Nouméa est fermé ;
  • les Mélanésiens, issus des îles Pacifique à proximité de la Nouvelle-Calédonie : parmi eux, présents en Nouvelle-Calédonie, les Vanuatais, les Papous et les Kanak (nom invariable).

Les Kanak sont les « primo-arrivants ». Beaucoup habitent sur les îles Loyauté ou dans la Province Nord. Ils parlent français mais on compte près de 27 langues kanak. Ne leur parlez pas de la Calédonie, pour eux vous êtes sur leur patrie, la Kanaky. Leur mode de vie traditionnel est la vie en « tribu », entourés de leur famille et des autres membres de leur communauté au fin fond de la brousse. Je n'en savais pas plus sur eux avant d'être invitée par Gary (un Kanak travaillant à Nouméa, connu par un ami respectif), à passer un week-end à Ouegoa, son village natal.


Kanakement vôtre

J'ai rencontré Gary il y a deux semaines. Mercredi dernier, il débarquait à l'appart' avec bananes poing go, picots fraîchement péchés et vin rouge pour nous cuisiner du poisson version kanak. Nous, affalés dans le canap'. Ok mec, reviens quand tu veux ! Mieux : l'invit est lancée, vous venez à Ouegoa le week-end prochain. Eh ouais, c'est pas plus compliqué que ça en Kanaky.

Vendredi, 17h, la semaine de boulot se termine. 17h30, départ en bus avec Bastien. Un bus version calédonien, ça donne une grosse soixantaine de Kanak entassés, y compris dans l'allée centrale où les familles se pressent sur des strapontins. "Clim' espagnole" comme dirait Morgane (comprenez fenêtres ouvertes), genoux écrasés contre le siège de devant et c'est parti, roule Mimile. Arrivée prévue 23h30. Tout serait tellement moins drôle sans les imprévus.


Nous, pour notre 1er week-end hors de Nouméa, on traverse tout le pays. Même pas peur.

18h30, alors que je mitraille les paysages de photos la tête par la fenêtre, un bon vieux gros sifflement se fait entendre. Un bus qui crève ? Un bus qui crève. Et mieux : un bus qui crève sans roue de secours. LOL. 1h30 d'attente sur le bord d'une nationale sans bande d'arrêt d'urgence, ça vous calme les plus aventureux. L'occasion d'apprécier à leur juste valeur les avertissements reçus auprès de mes collègues métro : "Fais gaffe en voiture Sarah, ici les gens roulent comme des tarés". Moi qui n'avais peur de rien avec les Toulousains déchaînés sur leur accélérateur, je ravale ma fierté devant les fous du volant qui dépassent le bus arrêté. Le chauffeur à plat ventre sous le véhicule ne semble pas plus impressionné que ça par les tabanars qui le frôlent à fond la caisse. La nuit tombe, les moustiques se mettent de la partie. Se répéter : TOUT VA BIEN.

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1h30plus tard (oui vous avez bien lu), nous voilà repartis. Comme de juste, le chauffeur écrase le champignon pour rattraper le temps perdu. Autour de nous, le noir complet. Pour notre premier voyage hors de Nouméa, nous avons choisi le village le plus au nord et le plus éloigné de la capitale. J'ai l'impression de m'enfoncer dans l'inconnu le plus total. Heureusement le monde est petit, la cousine de Gary est assise devant nous dans le bus, et nous indique quand demander au chauffeur de s'arrêter. Ce sera un vague embranchement non éclairé en rase campagne. Une fois descendus, nous voilà seuls, avec pour seule compagnie des voitures stationnées qui hurlent du Kaneka –la musique locale– sous les étoiles. Ca sent le joint à plein nez, les gens autour de nous, dont nous distinguons à peine la silhouette, trinquent à la bière du coin. Pas de traces de Gary, qui n'a pas de portable.  Il est 1h30 du matin, TOUT VA BIEN.

 

Arrivée en tribu

20 minutes plus tard, Gary finit par nous retrouver. Privilège de filles, sa cousine et moi montons avec lui dans les 3 places du pick-up tandis que Romain et Bastien se hissent sur la plate-forme. En plein milieu de nulle part, nous nous engageons l'air de rien sur des routes défoncées, avalons les lacets, évitons les ornières, dépassons chiens, poules et chevaux sauvages, tout cela sous un ciel constellé d'étoiles. Au loin, la vallée de Ouegoa finit par se profiler, nappée de nuages qui brillent sous la lune tout sourire (ici, point de croissant de lune mais une jolie banane rigolarde : vous êtes dans l'hémisphère sud !). Le paradis commence à pointer le bout de son nez. Mais se mérite encore.
2h30 du matin, nous débarquons dans la tribu. Sans rien avoir attendu de précis, nous découvrons un rien surpris des maisons aux murs de parpaings et toits en tôle, avec électricité et eau courante, entourées de végétation luxuriante. Au fond du jardin, un cheval broute placidement, une meute de chiens au poil court nous accueille fébrilement. Épuisés, nous rejoignons une chambre laissée à notre intention. Gary nous annonce le programme du lendemain : chasse aux cerfs en montagne. Départ dans une heure. Il est 3h, je suis levée depuis presque 24h.


Comme promis, il vient nous souquer à 4h du matin. Les yeux encore collés par le sommeil, nous avalons péniblement un chocolat chaud en poudre et saluons son adorable maman, "Mam", levée pour nous souhaiter la bienvenue, et son papa, Alain. C'est l'heure de "faire la coutume", un geste ancestral que toute personne accueillie chez un Kanak doit accomplir pour le remercier de son hospitalité.

Nous sortons donc un Manou (morceau de tissu coloré), un paquet de tabac, un pain de savon et un billet de 1000 F (environ 9 €) en gage d'humilité et de remerciement. Nous nous rendrons très vite compte à quel point c'était peu au regard de la générosité, de la gentillesse et du grand sens de l'hospitalité dont la famille de Gary fera montre à notre égard tout au long de ces deux jours. Celui-ci nous présente donc à ses parents tout en expliquant notre venue. Avec beaucoup d’humilité, les voici qui nous remercient de notre visite et nous souhaitent la bienvenue. L’accueil fait chaud au cœur.

 

Partie de chasse dans les montagnes

Il est 4h30, nous sommes sur le départ. Pour l’occasion, Gary me prête un pantalon treillis ; avec mes énormes chaussures de rando et ma casquette enfoncée sur les oreilles, j’ai l’impression de m’équiper pour une sortie dans la jungle. C’est exactement ça.

 

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Départ au petit matin

Nous partons en pick-up dans une nuit totale. Après 20 minutes de piste, nous rejoignons les cousins et nous mettons en route au pied de la montagne. Au total, nous marcherons plus d’une heure dans la nuit noire. Pas facile quand il faut se frayer un chemin dans des herbes qui m’arrivent à la poitrine et qui s’accrochent à nos vêtements. Nous traversons des forêts, des ruisseaux, nous grimpons des talus, escaladons des tertres, trébuchons, ahanons, tout cela dans le noir le plus total. Quand le sentier se met en grimper, nous comprenons que nous attaquons les montagnes, sans trop les voir. Ce n’est qu’une fois au sommet que nous les découvrons au lever du soleil. Qu’il est étrange de dominer du regard le chemin parcouru, sous un ciel qui devient éclatant en l’espace de quelques minutes… Il est à peine 6h, nous sommes en sueur, la tête qui tourne sous la fatigue et l’effort. Et la chasse ne fait que commencer.

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Nous, on vient de toooouuut là-bas...

 

Les Kanak chassent le cerf (prononcez « cerfe » à la mode locale), introduit par les colons au XIXe siècle, et qui maintenant ravage la flore. Sans prédateur naturel, l’Etat a fait appel aux chasseurs pour décimer les troupeaux : à chaque mâchoire ramenée, une récompense, plus élevée si c’est une femelle. Cependant, les Kanak chassent pour manger –de son propre aveu, Gary n’a jamais acheté de viande. Au menu de la tribu, vous trouverez veau et bœuf sauvages, cerf, poissons etc. Le tout bien évidemment garanti sans OGM ni farines animales.

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Lever de soleil sur les montagnes

 

Installés à notre poste d’observation, assis dans les herbes trempées de rosée, sans ombre aucune, nous faisons face à la vallée. Et attendons. Attendons. Attendons… Avec une heure de sommeil dans les pattes, on a connu mieux. Sur deux autres versants, deux autres groupes attendent, vigilants, que les rabatteurs en bas ramènent du gibier. Le soleil se lève tranquillement, nous sommes au beau milieu de nulle part, entourés par de grands monts verdoyants et déserts. Les moustiques commencent à attaquer, nous suons à grosses gouttes, et scrutons désespérément les montagnes à la recherche de…

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Ca y est, une biche ! Moi je n’y vois que dalle, tandis que Gary a repéré l’ombre d’une oreille. Sa vue est impressionnante, tandis que je galère, pourtant bien équipée de lentilles de contact et de lunettes de soleil. Tous les chasseurs sont à l’affut. Au loin, les clébards aboient furieusement. Notre chasseur nous fait signe de nous boucher les oreilles, puis sort sa carabine, et tire. Une fois, deux fois, trois fois. La bête est touchée, mais n’arrête pas sa course pour autant. A notre grand désappointement, nous ne la retrouverons pas.

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Notre chasseur à l'affut

 

Résultat des courses

seul l’un des cousins aura tué deux bêtes, de deux coups. Avec Gary et Bastien, nous descendons en chercher un, jeune mâle aux bois encore tendres. Le corps est fumant, sa gueule encore pleine d’herbes : le coup l’a arrêté net alors qu’il broutait. Sans prendre le temps de s’émouvoir, Gary sort son long couteau accroché à sa ceinture, et commence à dépecer la bête à même le sol tout en détaillant ses gestes à notre demande. D’abord les parties génitales, qu’il tranche d’un coup sec et balance au loin, « pour les chiens ». Puis l’abdomen, ouvert d’un coup vif et précis, les hanches qu’il sépare en deux dans un craquement, les tripes et boyaux, arrachés à pleines mains mais dont il garde le gras –« le meilleur »–, les rognons et le foie, récupérés dans un coin, l’estomac, tout blanc et gonflé, sorti prestement. En brisant la poitrine, Gary entrouvre les côtes avec fracas et se débarrasse des poumons pour saisir le cœur fumant qu’il réserve avec les abats. Au fond, un gargouillis de sang chaud qu’il évacue rapidement. La bête est vidée en un tour de main. Dans la foulée, notre chasseur découpe les pattes antérieures et la tête, gardant la mâchoire qu’il a dépouillée. Le western calédonien s’achève lorsque les garçons hissent la dépouille amputée sur la croupe du cheval du cousin. Seuls au milieu de la brousse, le portrait est pour le moins… vivant.

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Notre cheval chargé des deux cerfs

Le retour est lent, joyeux, sous un soleil de plomb qui achève de nous tremper de sueur. Les genoux tremblent sous l’effort, la descente n’est pas plus facile que la montée, les ronces pas moins féroces, mais le cœur est léger, saisi d’étonnement d’avoir vécu, l’espace de quelques heures, « à la kanak », à l’écart total du reste du monde. Que Nouméa parait loin !

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Bastien, microscopique au milieu de la brousse

 

Deux jours de bonheur

Que dire des jours suivants si ce n’est que la douceur de vivre kanak m’a définitivement ravi le cœur ? Sieste sur la natte, baignades dans la rivière au soleil ou au clair de lune, plongeons sous les bambous, repas en famille ou en tribu, steaks de cerf au barbecue ou marinade de veau aux oignons, banquet pour le bénissement des ignames (cérémonie traditionnelle kanak), salade tahitienne au thon cru et lait de coco… Le tout à grand renfort de sourires et de bonjours (impossible de passer devant un Kanak sans le saluer et se présenter) sous le soleil de Ouegoa, sans internet ni téléphone. Et si c’était ça le bonheur ?

Le retour est un crève-cœur.

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Lecture au fil de l'eau

 

Si vous n'êtes jamais  montés en voiture avec un Kanak

vous n'êtes jamais montés en voiture du tout. Quand la station service ferme dans une demi-heure, que vous êtes coincés sur des petits lacets de montagne aux routes vaguement goudronnées, évitez de trop regarder le paysage. On ne sait jamais, une légère nausée pourrait alors s'inviter... Mais ne vous inquiétez pas, votre chauffeur vous indique à l'aide d'un tonitruant "oh putain sa mère l’onculé !" lorsque la bagnole rencontre un nid-de-poule, afin de vous aider à sauter en cœur du haut de ses petits 110 km/h. "Ici on fait réviser les voitures tous les mois. Pour les suspensions, les pneus, tout ça." Sans blague… Et c'est sans compter les feux de croisement en panne : Ouegoa-Nouméa, 5h de route. "Départ 18h, comme ça on évite les gens, parce que rouler juste avec les veilleuses, c'est un peu chaud. Bon t'inquiète, quand je double, je mets les warning" Ah. Bon. L'aventure, je vous dis...

 

Sarah* le coeur en brousse

Par Astérie* - Publié dans : Au plus proche du paradis
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Lundi 5 mars 2012 1 05 /03 /Mars /2012 10:08

Avouez, vous avez toujours rêvé de connaitre la vie sous les tropiques de l’hémisphère sud version Pacifique-îles-de-rêve. Ne cherchez plus, je vais tenter de vous en donner un petit aperçu. Six mois sont prévus sous le soleil de Nouméa, de quoi vous faire un peu saliver. Arrêtez-moi quand ça devient dur à supporter sous la grisaille métropolitaine…


*


Le plus simple serait de commencer par : « le voyage s’est très bien passé ». Puis de lâcher un gros soupir qui en dit long. A peine trente petites heures passées à sillonner les continents (l’Afrique avec Dubaï, l’Asie avec Bangkok, et enfin l’Océanie avec Sydney puis Nouméa), vingt-quatre à baigner dans notre jus sur les fauteuils des avions, le dos en vrac… mais le sourire aux oreilles lorsque notre A320 survole le lagon de Nouvelle-Calédonie. Je vous donne dans le mille : eaux turquoise, atolls éparpillés à perte de vue, îlots disparaissant sous la végétation, il est 16h30 heure locale, nous atterrissons le 2 mars 2012 sur le « Caillou[1] » à l’aéroport de Tontouta.

Par une chance inouïe, nos bagages nous ont suivis malgré nos trois escales, et nous débarquons le sourire en bandoulière. Première impression : la Nouvelle-Calédonie, qu’est-ce que c’est vert ! Et chaud ! Et humide ! Le soleil déjà déclinant nous suit le long de l’autoroute qui nous conduit à Nouméa ; très vallonnée, la 4 voies contourne les innombrables monts qui parcourent le territoire, offrant aux regards d’alléchantes perspectives de randonnées sauvages vers les plus hauts sommets ; des plages se dévoilent, des plans d’eaux, des lagunes, des mangroves… Le panorama est superbe, ça y est, je suis amoureuse. Notre chauffeur de taxi kanak nous parle avec un plaisir évident de son pays, évoquant les transformations touristiques, les lieux à voir, les activités à pratiquer… Autant d’informations que nous buvons avidement.


L’étape suivante, celle qui m’a définitivement chevillée Nouméa au cœur à peine une heure après mon arrivée sur place, est la découverte du logement, gracieusement mis à disposition par mon gouvernemental employeur. T3 refait à neuf, cuisine toute équipée, chambres climatisées, jardin et… vue sur la mer (de la chambre et du salon), excusez du peu. A peine le temps de s’extasier que nos voisins du dessus viennent à notre rencontre et nous offrent la bière de l’amitié. Déjà trempés de sueur, à peine débarqués de nos avions, nous voilà les fesses sur la pelouse, à l’ombre du cocotier, à faire connaissance –4 étudiants en pharma installés à Nouméa depuis presque un an. L’accueil se poursuit lorsque nos aimables voisins nous conduisent en voiture au supermarché du coin, histoire d’acheter deux trois trucs pour le barbecue prévu l’heure suivante. Le temps de s’horrifier devant les prix (5€ les 500 g de salade ?!), mais pas de quoi nous décourager pour le reste de la soirée. Thon frais au barbec’, couscous maison, tarte maison poires-chocolat, on ne s’en fait pas… Les anecdotes sur la vie à la calédonienne fusent. Au son de ce qui ressemble à un gros grillon en chaleur, une des convives lance « nous ici, on tue les sauterelles à la carabine ». De quoi rigoler… jusqu’à ce qu’Anne-Claire nous montre, perchée dans notre cocotier, une sauterelle de la taille d’un rat. Ah. Bon. D’autres choses à savoir sinon ? (On n'a pas les photos parce qu'on était trop occupés à dévorer notre thon, mais vous pouvez voir à quoi ça ressemble ici).

 

*


Ca, c’était la première journée, et les premières impressions, histoire de donner des nouvelles. Sans doute moins de blablas la prochaine fois, et surtout, des photos ! (Bastien est au taquet, on va vous inonder de clichés, NO WORRIES)

 

Pacifiquement vôtre,


Sarah

 

Vue-maison.JPGVue du salon. Et il pleuvait.

 



[1] Terme affectueux donné par les habitants à la Nouvelle-Calédonie.

Par Astérie* - Publié dans : Au plus proche du paradis
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 01:44

P1030220.JPGNational AIDS Memorial Grove,Golden Gate Park, San Francisco, California

Memorial dédié aux victimes du SIDA


Je ne sais pas si c’est la fin des cours qui me donne envie d’évoquer ce sujet, mais il est vrai que je viens de m’apercevoir que je ne l’avais jamais évoqué ici alors que j’en parle toute la journée depuis maintenant plus d’un an. Peut-être, me direz-vous, est-ce parce qu’aujourd’hui est le dernier jour de TOUTE ma vie et que je vais devoir, sous très peu, me frotter à la vie professionnelle et à ses réalités. Et donc affronter ce cheminement si stressant, j’ai nommé : la recherche d’un travail.


Maintenant que nos profs ne sont plus là pour nous dicter nos devoirs, sur qui vais-je pouvoir cracher allégrement lorsque les choses foirent ? La réponse est simple : sur moi-même. Dur constat, je vais désormais être le maître (la maîtresse !) de ma propre destinée selon l’expression consacrée, et voler de mes propres ailes… ou me les brûler méchamment, qu’en sais-je ?! Des perspectives effrayantes se dessinent : chômage ou boulot inintéressant, dans un coin moche et reculé, mal payé… La question se dessine donc : après 20 ans d’école, dont 5 années d’études supérieures et 2 à se spécialiser, que va-t-il se passer ?


C’est ici que je me dois de placer cette citation qu’on a rapportée à mes oreilles mercredi dernier : lors de son passage l’année dernière à l’IEP, M. Chevènement aurait commenté ma spécialité auprès de notre directeur selon ces mots « Mais vous allez réussir à leur trouver un boulot, à ces étudiants du master "Politique, Discriminations, Genre" ? ». Merci Jean-Pierre, c’est vrai qu’on avait attendu ta remarque si pertinente pour commencer à s’en inquiéter. Cependant, j’avoue que cette question s’impose aujourd’hui à moi avec impériosité, et que je dois bien y répondre. Parce que c’est vrai, en fait, lutter contre les discriminations, c’est beau, c’est chouette, mais pour quoi faire, au juste ?


Lors d’un travail de groupe réalisé cette semaine, nous avons commencé à élaborer quelques réponses aux inconvenants qui pourraient avoir l’audace de nous poser cette question. Je vous cite quelques perles dont je ris encore :


- Mais travailler pour les droits des femmes, à quoi ça sert en fait ?

- Oh, à faire joli (avec la voix sucrée qui va avec).

 

Ou :

 

- L'égalité, mais pourquoi concrètement ?

- Ben on m’a aussi proposé de travailler pour l’inégalité, alors c’est vrai, j’ai hésité, inégalité ou égalité ?

  

 

Etc. Je sais, ça vous laisse un petit goût d’inachevé, je botte en touche, je sais, je sais. J’en viens donc à la deuxième remarque qu’on a pu me faire également cette semaine, à savoir : « mais tu ne trouves pas ça communautariste de bosser pour une minorité ? Tu ne trouverais pas plus exaltant et somme toute plus pertinent de bosser pour l’ensemble de la société, pour l’intérêt général ? ». Ici, je dois avouer que j’ai changé mon discours. Disons que je suis toujours aussi farouchement attachée à cette grande idée républicaine d’égalité, mais qu’en un an, j’ai largement eu le temps de prendre conscience qu’on nous vendait du flan. Certes, il est plus exaltant et transcendant de tendre vers un projet commun de société, où nous serions tous attachés aux mêmes valeurs droitsdel’hommiste, universelles et fédératrices, mais il arrive ce moment fatal où les vraies questions se posent : mais en fait, ces valeurs républicaines, c’est quoi ? Et qui les pense, qui les applique au quotidien ? Malheureusement pour nos valeurs humanistes, en l’état actuel des choses, l’image du citoyen idéal est un homme, blanc, hétérosexuel, français « de souche », bourgeois. Voici les valeurs qui sous-tendent toute notre société. Je dis bien, toute notre société. A mon grand regret, j’ai donc dû régurgiter les Lumières qui m’avaient tant enthousiasmée au lycée, ces philosophes si grandioses qui ont conduit à une Révolution… bourgeoise, blanche, masculine ; j’ai dû revoir les belles promesses de notre pacte républicain, qui laissent sur le tas les noirs, les femmes, les homosexuel-le-s, les personnes handicapées, les étrangers et j’en passe et des meilleures. Tous ces beaux projets qui sont sensés guider notre société ont foiré.


La preuve ? Notre société discrimine. Tout le temps. De notre naissance à notre mort, nous sommes tous victimes des limites du système, certain-e-s plus que d’autres (que dire de la femme qui est aussi pauvre et noire ? Rappelons-nous Roselyne Bachelot en mai 2007 : « [Rama Yade] est femme et noire, elle va être promue. Heureusement qu’elle n’est pas lesbienne et handicapée, sinon elle serait Premier ministre[1] ») Chacun-e, nous cumulons les handicaps ; demandez à la femme qui ne peut annoncer son désir de fonder une famille à son/sa patron-ne de peur d’être licenciée, demandez à l’homosexuel-le qui ne peut raconter son week-end en amoureux le lundi au boulot à la machine à café, etc. Notre vie est parsemée de violences, symboliques ou non, de véritables injonctions à ressembler à un modèle idéal. Et ce modèle, à quoi ressemble-t-il ? Au risque de me répéter : un homme, blanc, valide, hétérosexuel, français, catholique. Si tu sors du cadre, tu fais face à ce mot honni : la discrimination.


Je peux donc revenir à mon propos principal : travailler contre les discriminations n’est pas propulser un groupe minoritaire (encore que, même si on a tendance à l’oublier dans ce discours, les femmes représentent quand même 50% de la population) au-dessus ou le favoriser par rapport à un autre. Ce discours est à la fois rétrograde et aveugle : quand une partie de la population ne vote pas, ne s’exprime pas, n’a pas les mêmes droits que d’autres, c’est la démocratie et le principe même de l’Etat de Droit qui vacillent. Les bases de notre République démocratique sont vaseuses, pataugent, s’enlisent. Il reste tant à repenser que j’en ai le vertige. Voilà à quoi je souhaite m’adonner pour les années à venir.


Car, enfin, les discriminations révèlent en creux les faillites du système tel que nous le vivons au quotidien, et l’on ne peut se satisfaire de ces statistiques effarantes ! Les femmes gagnent en moyenne 27% de moins que les hommes[2], malgré les lois et accords interprofessionnels promouvant l’égalité salariale ; 6 % des habitants des Zones urbaines sensibles ont un diplôme universitaire supérieur contre 16 % de la population qui réside hors de ces territoires[3]. Les discriminations sont toujours présentes, et les inégalités se creusent (0,01 % des individus les plus riches ont gagné 180 000 euros de revenus annuels supplémentaires entre 2004 et 2008, c’est-à-dire 14 années de SMIC[4]) : comment peut-on accepter ces constats aujourd’hui ? Les lois nous protègent, nous encouragent, mais la situation est toujours présente.


L’une des conclusions les plus difficiles à avaler, car dure à combattre, est que le système entier produit des discriminations : il n’est pas question de stigmatiser le mec raciste qui fait des blagues sur les Noirs, on est bien dans des discriminations systémiques, indirectes, non intentionnelles pour la plupart. On crée structurellement des inégalités de traitement fondées sur des critères illégaux (définition juridique de la discrimination), ce qui fait que nous participons tous à un système qui opprime certaines catégories de la population. Ce constat est effarant car la suite logique est : comment combattre un système entier ?


C’est ici que je cherche à apporter ma pierre à l’édifice. Modestement, certes, mais je ne peux tolérer plus longtemps d’être actrice de ce système inégalitaire et discriminant. Il y a trop d’injustices, si violemment vécues au quotidien : il ne s’agit pas que de moqueries quotidiennes, encore que le harcèlement est puni par la loi (et ce d’autant plus s’il est fondé sur l’un des 18 caractères cités dans l’article 225-1 du Code Pénal), mais aussi de violences physiques, qu’elles soient sexistes, racistes ou homophobes (rappelons tristement qu’en 2007, 166 femmes sont mortes en France sous les coups de leur conjoint[5]). C’est intolérable, et ce doit être un combat global et collectif.


Les mentalités doivent changer, ici est la première pierre à poser pour faire progresser nos pratiques à tous. Souvent, je m’indigne, mais me sens bien impuissante. Et puis, qui suis-je pour faire la leçon à mes amis, mon entourage, ma famille lorsqu’ils font acte de préjugés ou de stéréotypes qui entretiennent ou renforcent des discriminations ? Je n’ai aucune prétention à détenir la vérité, me détachant moi-même peu à peu de tous mes préjugés et stéréotypes discriminatoires sans pour autant y parvenir totalement ; je veux juste faire partie de ceux qui interrogent notre système politique et notre société dans sa globalité. Moi qui suis fille, petite-fille et arrière-petite-fille de profs, je ne peux me satisfaire de savoir que l’école, ce haut lieu républicain, renvoie les élèves à leur milieu d’origine sans leur permettre cette ascension sociale que vante tant notre système soi-disant méritocratique[6]. Chaque sous-système social est traversé d’inégalités intolérables qui doivent être combattues : l’école, mais aussi le sport, le monde de l’entreprise... tout, absolument tout est facteur de discrimination.


Au final, je suis intimement convaincue, et je le vis ainsi, que lutter contre les discriminations est une profession de foi intimement politique. Pis, une absolue nécessité, vers plus de justice sociale, de bien-vivre et de vivre-ensemble. Je ne veux ni m’encarter ni me syndiquer, je me prononce sur l’universalité de cette lutte, qui devrait concerner aussi bien les militants de droite que de gauche, les vieux comme les jeunes, les femmes comme les hommes, et ainsi de suite. Si vous acceptez que d’autres que vous soient discriminés, attendez-vous à en être vous aussi victime un jour ou l’autre, plus ou moins violemment.


Ceci étant, je vous remercie d’avoir lu ce manifeste jusqu’au bout, et vous convie, quand vous voulez, à engager la conversation sur ce sujet plus que brûlant qui je l’espère vous a interrogé comme il m’interroge tant depuis toujours. Pour citer Stéphane Hessel : « Indignez-vous[7] ! »



[6] BOURDIEU Pierre & PASSERON Jean-Claude, La reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement. Paris, Editions de Minuit, 1970

[7] HESSEL Stéphane, Indignez-vous !, Montpellier : Indigène éditions, collection « Ceux qui marchent contre le vent », 2010, 32 p

Par Astérie* - Publié dans : Au jour le jour
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Jeudi 7 juillet 2011 4 07 /07 /Juil /2011 01:07

 


  "Loin de Paname", Faubourg 36, réalisé par Christophe Barratier 

 

 

M+1 : il y a un mois, mes valises et moi débarquions à Paname, histoire de nous frotter à la vie parisienne ainsi qu’aux grandeurs et décadences de la capitale. Car dans la liste des choses à faire avant de mourir en paix, il y a « essayer Paris ». Quelques brèves à un tiers du trajet.

 

*

 

Centrale-Paris

« Maaaais c’est paaaas Paaaaaris, c’est la banlieeeeeeeue ! » Shut up pleaaaase, and let me explain…

Le squattage en règle a commencé le week-end de l’ascension chez Anne, quelque part au sud de Paris, dans la 2e école d’ingénieur de France, 'scusez. A noter : une arrivée dantesque sous un ciel secoué par l’orage, déchiré d’éclairs et sous une pluie battante. Au sein des plaines de la Beauce, le paysage extra-plat nous laisse découvrir au loin un décor de fin du monde, Paris au loin subissant les premières foudres d’été, tandis que nous avançons en voiture, entourées des milliers d’autres Parigots qui ont eu la même idée géniale que nous : se taper les bouchons de retour de week-end en pleine nuit.

Mais qu’à cela ne tienne, le papotage va bon train, les Pringles subissent une raclée et nous avançons, lentement vers sûrement, vers le noooord. Enfin, Paris quoi. L’accueil est chaleureux (le gâteau basque y fait beaucoup), et je découvre la piaule d’Anne. Fidèle à elle-même, voici qu’elle me dégotte en deux-temps-trois-mouvements matelas et sac de couchage à une heure du matin passée, que nous installons aussitôt au milieu d'un joyeux fatras.

 

Au final, je passe plusieurs jours à rencontrer amis et collègues de ma logeuse, nous paye le luxe d’un resto à Versailles où Anne joue sa femme d’affaires overbookée, obligée de récupérer son téléphone mis à charger dans un coin car il sonne trop souvent (véridique !), sort au DoMac de Châtenay-Malabry qui devrait plutôt s’intituler « QG Centrale » tant les élèves-ingénieurs y dînent nombreux , découvre avec joie la pièce Que faire ? au théâtre de La Colline grâce à la chouette invitation de Vincent (et au désistement fort-à-propos d’Arthur), squatte avec enthousiasme le temps d'une nuit chez ma coloc et son coloc (mais qui lui n’est pas mon coloc, vous suivez ?), expédie les dernières tracasseries de mon installation à Paris… tout en m’abîmant trop souvent dans la contemplation de la pluie en Île-de-France (à Toulouse, on ne connaît plus) dans les interminables trajets en RER.

 

En fait, on dirait pas, mais l’aventure commence vraiment. Mais vraiment on dirait pas. Transition en douceur en fait. Merci Anne-Vincent-Caro-Valentin-Arthur-etc.

 

Week-end Montalbano-toulousain

Le stage à peine commencé, il est déjà temps de partir en week-end prolongé. Quoi de mieux pour l’entamer qu’un bon resto Place d’Italie entre potos ? L’occasion de découvrir the Anne’ suitor, charmant centralien fraîchement débarqué d’Allemagne (vous comprenez mieux pourquoi j’ai vidé les lieux la veille), et de déguster un bon Bordeaux… qui se révèle en faitt dégueulasse... mais se laisse boire tout de même par notre bande de joyeux ivrognes.


Le temps d’un métro, je débarque gare d’Austerlitz, passage obligé pour tous les Toulousains souhaitant regagner leur pays à la faveur de la nuit. Je goûte avec délice l’effervescence des départs en vacances qui gagne les Parisiens survoltés. L’air est électrique. Dans les voitures bondées, je bous d’impatience sur mon siège inclinable inconfortable, mais succombe finalement aux bras de Morphée. Pour finalement rouvrir les yeux sous le soleil matinal du pays montalbanais ; que le sud est beau… Il y a quelque chose de magique à admirer un tel paysage dans un wagon silencieux, les yeux encore embrumés par le sommeil, dans la lumière dorée du lever du jour… D’autant plus que l’arrivée est attendue avec impatience...

Je crois que les adieux sur un quai de gare sont aussi tristes à mourir que les retrouvailles sont douces et excitantes. Je suis persuadée que, si d’aventure je me prenais à me poster le long d’un quai, je pourrais imaginer mille histoires sur ces tranches de vie si intenses qui s’y déroulent : larmes, sourires, silences, rictus… Mais qu’y a-t-il de plus exaltant que de se savoir attendue ? Je me souviens encore de ce regard jeté par la fenêtre pour l’y découvrir m’attendant…

Je flotte, aérienne. Une parenthèse dorée s’ouvre notre week-end, la gare est ici témoin d’un moment de grâce. J’aime.

 

La pudeur voudra que je survole ces trois jours d’une plume légère, portée par... le bonheur d'être ensemble, tout simplement ?

 

A la mesure de cette douceur si éphémère, je retrouve le train avec un déplaisir non dissimulé. Cette fois-ci, je traîne des pieds. Comment peut-on éprouver tant de sentiments contradictoires en un même endroit ?

Heureusement, après une nuit de cinq petites heures de sommeil précédent l’interminable première journée de boulot de la semaine, je pose mes pénates avec délectation chez Debbie, dans sa ravissante demeure. C’est peut-être "Versailles", mais qu’il est doux de se poser dans un coin du canapé sous les petites loupiottes disséminées ça et là à papoter entre colocs… A trop vivre en appartement, je crois que j’en oublie le luxe de l’espace ; je crache sur le « bassement matériel », mais, qu'on me donne une ambiance de maison d’enfance où l’on sent les années passées à grandir, les souvenirs qui imprègnent les murs, et j'y fons avec bonheur… De quoi me réconcilier avec la maison et ses symboles honnis ?

 

Midnight in Paris

La semaine, une fois encore, file à toute vitesse : métro-boulot-dodo. Au milieu, des soirées à droite à gauche, histoire d’oublier qu’à travailler huit heures par jour, on ne trouve plus le temps de rien. Heureusement, il est enfin temps de poser mes valises dans une coloc fort conviviale : la vie parisienne telle que je l’imagine peut enfin commencer. Merci à Johnny et ses colocs pour l'hébergement :)).

 

Vendredi arrive et me trouve un sac de pique-nique à la main, Pont des Arts. J’ai mal au cou à force de lever la tête pour admirer les rues de Paris. La Seine, l’hôtel de ville, tout me semble charmant, jusqu'au plus petit square embusqué à quelque angle de rue. Qu’il est drôle de se retrouver entre Toulousaines d’adoptions dans ce lieu mythique, à deux pas de l’île de la Cité et sa cathédrale… Les conversations vont bon train : je voyage par procuration à Berlin, m’imagine attachée sénatoriale, appréhende l’arène sans pitié des assurances, débite, volubile, mes connaissances toutes fraîches sur l’adoption internationale… tout en savourant les mets simples apportés et aussitôt dévorés.

La soirée ne fait que commencer, puisque nous bougeons ensuite vers Saint Michel et le quartier Latin. Rien que de penser aux révolutionnaires de Mai 68, j'ai le coeur qui en bat la chamade ; mais bon, je sais, ce n’est qu’un événement parmi tous les autres faits historiques grandioses qui ont eu lieu à Paris… Pourtant, comment ne pas se balader dans les rues de Paname sans se murmurer autre chose que « mythique, mythique, mythique » ?

Une fois en terrasse et rejointes par deux Isérois et un Manceau (improbable, donc j’aime), nous essuyons une mini-tempête que n’aurait pas reniée un Breton. Après deux ou trois coups furieux de store en plastique en pleine tête et autres grelottements, nous nous séparons. Troisième partie de soirée, nous voilà.

 

Tim décide de me faire découvrir Montmartre by night ; je ne vais pas être déçue… Les bars se succèdent, les clopes aussi, le vin rouge se boit sur les marches du Sacré-Cœur au cœur de la nuit, les pavés se succèdent sous nos pieds, nous sillonnons le dix-huitième. Il pleuvouille, il fait chaud, il fait froid, nous marchons où le vent nous porte. Alors, c’est ça une soirée parisienne à la Louise Attaque ? J’aime.

A quatre heures et demi, nous décidons de rentrer à pied dans le centre-ville : il pourrait être vingt-et-une-heure, ce serait pareil. Les rues sont encore pleines de promeneurs noctambules, déambulant dans les artères à la manière d’un Owen Wilson woodyallénien. Je me sens au cœur d’une gigantesque toile où nous serions tous reliés par des fils invisibles, comme autant de rencontres improbables, de mots échangés à la faveur d’une clope allumée par un inconnu. La cité est vivante, grouille, respire. Non sans peine, nous dépassons de nombreux sans-abris livrés à la ville vorace qui attire en son sein les âmes perdues. Sont légion les matelas installés à même le sol à côté des bouches de métro, ou bien les immigrés paumés et abandonnés, engoncés dans leurs sac de couchage puants la pauvreté et la détresse. Une face de Paris que l’on aimerait oublier après la poésie de Montmartre…

Arrivés à République, l’appel du MacDo se fait entendre au Manceau affamé. Le hasard place sur notre route une improbable boulangerie, bondée de clients, ouverte à cinq heures et demi. Quand nous l’interrogeons, le vendeur nous répond fort malaimablement (que voulez-vous, c’est un Parisien !) que son pain ne peut décidément pas être frais à cette heure indue de la nuit. Et de nous le donner de mauvaise grâce ; nous gardons notre monnaie, interloqués, et nous enfuyons presque, la baguette sous le bras (so Frenchy).

Je ne saurais décrire cette impression de plein contentement qui nous a emplis lorsque, installés sur notre banc trempé de l’avenue, nous nous sommes tartinées nos rillettes en attendant le premier métro. J’aurais aimé crier au monde cette drôle de soirée, cette fin en point d’orgue dans le matin naissant. Ne pouvant faire mieux, j’ai publié sur Facebook. Je suis incurable.

 

Il m’a fallu du courage pour siroter mon cocktail maison à Clamart le lendemain soir, mais tout n’était que convivialité, bonheur de se retrouver (malgré le fait que l’on fête un départ), et déconne à gogo. Le tarot a retrouvé ses adeptes, Skype une forte utilité lorsqu’il s’est agit de saisir notre exilé new-yorkais à propos d’une affaire de la plus haute importance (Vincent devait-il vraiment boire ses quarante-huit gorgées d’alcool ? L’expert a dit oui), et un passant pervers a bénéficié d’un spectacle de qualité à la fenêtre. Le reste est classé secret-défense.

Sur le chemin du retour le lendemain matin, me voilà réembusquée pour le soir-même à un charmant anniversaire banlieusard, où je découvre de non-moins charmantes Parisiennes du meilleur cru, fais des rencontres très théâtrales et commande des pizzas Domino’s au coin de la rue. J’aime.

 

Solidays

Aïe, il est tard. Le temps me manque pour rendre hommage à ce week-end extra sur les pelouses de Longchamp. En vrac, faute de mieux : la canette de bière sept degrés six et sa copine la bouteille de Muscat à onze du mat’ dans le métro, la sangria planquée dans le Camelbak, les donuts gratos à l’entrée, le pique-nique à côté du bois de Vincennes, les concerts, les concerts, les concerts… Le soleil, les jets d’eau en pleine figure, la foule, les sandwichs antillais, les surprises de l’Orchestre National de Barbès et de HK & les Saltimbanks, la pêche d’Aloe Blacc, la douceur de Cocoon au soleil couchant, la grosse claque de Moby…

Du bon, du très bon. Du trop bon même : après tout ça, difficile de se remettre au boulot… Mais il faut rentrer, le coloc est enfermé dehors !

 

*

 

Pas besoin d’épiloguer je crois : Paris, c’est du lourd.

 

La prochaine fois, passons aux choses sérieuses, parlons stage. D’ici-là, essayons de dormir, ne serait-ce que pour faire illusion demain matin…

 

Je vous embrasse tous bien fort,

 

Sarah*, extatique

Par Astérie* - Publié dans : Au jour le jour
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Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 17:09

P1010453.JPGRetour à Angers

 

Je suis une bloggueuse bien inconstante : je publie des masses lorsque je suis au fond du trou, mais c'est silence radio lorsque tout baigne (ou que tout va vraiment trop mal, et qu'il n'y a rien à commenter là-dessus). Actuellement, on serait plutôt à l'heure du bilan[1] : bilan d'une quatrième année à Sciences Po, bilan d'une troisième année à Toulouse, bilan des amitiés perdues et des amours gagnées, des compagnons retrouvés et des nostalgies lancinantes...


*** 

 

Je sais que j'ai tendance à dramatiser, mais je ne me souviens pas avoir vécu une année si pleine de rebondissements : des drôles, des moins drôles… je ne sais pas s’il faut se souhaiter une nouvelle année aussi riche en événements. En fait, cette question est rhétorique, la preuve s’il en faut, à peine rentrée chez maman, je sens l’ennui poindre son nez. Donc, la réponse est : OUI. Pourtant, les distractions ne manquent pas (ni les obligations, dont l’inénarrable mémoire, hum…), mais cette sorte de tourbillon qui agite nos vies toulousaines au quotidien me manque déjà.


Il faut dire que, la plupart du temps, on se complait à s’estimer « overbooké-e-s ». (« Quoi, encore une réunion ? Mais j’avais dit à machin que je mangeais chez lui, et ensuite il faut absolument que je passe chez truc récupérer de quoi finir mon exposé, que je dois nécessairement finir avant jeudi matin puisque le soir même je pars en week-end retrouver bidule que je n’ai pas vu depuis des mois, alors que je passe en oral lundi après-midi et que j’avais promis à mes colocs de leur faire un coucou avant qu’elles-mêmes ne partent en week-end. » A peu de choses près.) Quand on devient obligée de regarder son agenda pour répondre à une simple invitation à manger un sandwich, je crois qu’on peut dire qu’on approche le surbooking propre aux business-wo-men de quarante ans. Mais qu’on en est pas peu fière (quelque part).


Où est passée ma léthargie d’adolescente ? Je rêve à présent avec nostalgie de cette période bienheureuse où je pouvais me lever tard et ziziner[2] toute la journée sans en concevoir le moindre scrupule (z’avez qu’à demander à Caro, elle vous confirmera). A l’heure actuelle, je vis avec une horloge dans le ventre qui calcule ma productivité horaire avec acharnement ; comprendre : chaque seconde doit être utilisée efficacement et mise à profit. Le grand capitalisme a eu raison de mon emploi du temps, et aujourd'hui je ne supporte plus de perdre mon temps. C’est maladif. Si-si, je vous assure, ça vaut le coup de se plaindre.


Bref, impossible de perdre la moindre minute : un déplacement en vélo ? Coup de bigot à un ami afin de prendre des nouvelles. Un trajet en train ? Lecture du journal pour me tenir au courant de l’actualité. Attente aux caisses ? Ecriture spasmodique de textos afin d’organiser le reste de la journée. Ennui en cours ? Seul moment de liberté où je m’accorde un peu de temps pour lire un roman ! Le mot de l’année : ren-ta-bi-li-ser. … Berk !!!


C’est généralement dans ces moments-là que je pense le plus au dicton que se plaisaient à répéter les Togolais aux Européens pressés : « En Europe vous avez l’heure, nous on a le temps. » Soit : on ne prend pas le temps du bonheur, on est tout le temps en retard… Mais peut-être est-ce du Togo que je tiens cet acharnement à profiter de chaque seconde pour avancer un peu plus dans… bon, je n’ai pas encore trouvé le sens profond de ma vie, alors disons « avancer tout court » (démonstration lacunaire, je vous l’accorde). Comme si on ne pouvait avancer qu’en minutant précisément chaque journée. So occidental. Enfin, tout ça pour dire que par un insidieux mécanisme, j’ai désormais en horreur le moindre fragment de temps passé à ne rien faire. (Attention, la méditation n’en fait pas partie ! Mais passe néanmoins souvent au second plan.)


Du coup, peut-être ceci explique-t-il cette année sur les chapeaux de roue (en plus des événements imprévisibles qui viennent chambouler l’emploi du temps si soigneusement prévu) : besoin viscéral de provoquer le surbooking, de se mettre en retard, de s’engluer dans les projets et les occupations. A cette allure-là, je vais finir ridée prématurément, avec un ulcère à l’estomac. Et peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle je ne prends plus le temps de mettre mon blog à jour ; pourtant, il a une utilité cathartique certaine. Alors, l’autre raison, c’est que je serais trop heureuse pour avoir quoi que ce soit à raconter…


***


Ca doit être ça, car j’ai beau chercher, je ne vois pas quoi raconter de plus sans vous endormir. Or, étant donné que par un consensus tacite on ne parle jamais sur un blog des événements vraiment trop tristes ou trop intimes, on ne parle pas non plus de ces moments niaiseux de bonheur suprême. Pudeur, quand tu nous tiens (ou peur de perdre son lectorat…). Ce vieux dicton n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd'hui : « les gens heureux n’ont pas d’histoire ».


DONC je ne ferai pas de bilan de cette année. Je me contenterai d’un grand soupir qui en dit long, puis j’embrayerai sur cet été : stage de trois mois à Paris, colocation improbable dans le 11e arrondissement, retrouvailles avec un peu tout le monde [puisque l’été tout le monde est à Paris. Les autres, vous savez quoi faire (regard appuyé)], week-ends un peu partout (à prévoir : Nantes, Brest, Le Mans, Milan, Angers, Toulouse, ETC.) et voyage sur la Côte Ouest à organiser. Dure la vie. Au milieu de tout ça, il va falloir continuer à être et rendre heureux-se afin de ne pas perdre un équilibre fragile acquis un certain treize janvier deux-mille-onze...

 

Sarah*, just too much happy



[1] En bonne étudiante, je parle bien sûr de l’année scolaire.

[2] Il paraît que certains incultes ne connaissent pas ce verbe définitivement utile : ziziner, v. 1er groupe (je zizine, tu zizines, etc.) : du latin zizinare, faire des choses sans importance ou inutiles afin de passer le temps sans se prendre la tête et/ou d’éviter de faire quoi que ce soit d’utile. Syn. : boutiquer, glandouiller. Ex. : « Qu’est-ce que tu zizines ? Je checke mes flux RSS ». 

Par Astérie* - Publié dans : Au jour le jour
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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 18:22

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Parallèlement à l’amour, qui apparait le plus souvent comme un sentiment instable et imprévisible, l’amitié semble nous réchauffer de sa solidité, de sa confiance et autres sentiments enveloppants et rassurants. J’aimerais néanmoins battre en brèche cette potentielle tranquillité, qui élude un peu vite les petits combats du quotidien pour construire cette forteresse « amitié » sans laquelle nous ne serions pas ce que nous sommes.

 

***

 

Tout d’abord, postulons ensemble que l’amitié est une affaire de cœur et d’affection, sinon d’adoration. Comment être ami avec celui que l’on méprise ? Aussi, il devient inévitable qu’une variation de cette affection, admiration etc. modifie cette amitié, l’ampute même parfois d’une dimension essentielle. Comme l’amour, on ne badine pas avec l’amitié, qui n’est jamais acquise, et intrinsèquement attachée à la personne en face. Les promesses éternelles sont pure poudre aux yeux, un moyen de plus de se rassurer sur des sentiments qui, de fait, sont éphémères.

 

*

 

Dans l’affaire qui nous concerne, la deuxième supercherie serait la croyance naïve en l’intemporalité d’une relation amicale. Ici et maintenant, nous sommes amis, mais là-bas et demain, qu’en sera-t-il ? Les circonstances temporelles, les lieux, les événements extérieurs sont aussi déterminants que les qualités et résonnances liées aux personnalités propres (et, par définition, plus stables) que l’on découvre en l’autre. Comme ces dernières, les événements extérieurs peuvent empêcher ou favoriser une amitié. La renforcer ou l’achever. Et aucune promesse ne peut raisonnablement prendre en compte ces aléas de la vie, sur lesquels personne n’a de prise.


Dans ces circonstances, il faut tenir compte du rôle joué par d’autres individus. Il y a les amis que l’on se fait en bande, et qui dépendent donc de celle-ci ; il y a les amitiés individuelles, écloses incidemment et peut-être donc plus fragiles, à moins qu’elles ne soient plus fortes ; il y a les amitiés d’enfance, moins choisies mais plus puissantes ; et tant d’autres encore…


On évoquera aussi nos choix de vie, qui laissent certains amis sur le carreau : ceux qui en ont fait des radicalement différents, et avec qui les terrains d’entente deviennent rares, ceux qui ne comprennent pas les nôtres, les jugent, et les condamnent ; ceux qui les accompagnent, les encouragent, les renforcent. (Une vision peut-être manichéenne, mais qui englobe néanmoins un nombre significatif de mes amis.) Ces choix de vie, pourtant, nous correspondent : nous les façonnons en fonction de nos goûts, aspirations et désirs d’avenir, et qu’un ami les refuse, alors nous considérons, sans doute à juste titre, qu’ils ne nous correspondent plus.

 

*

 

Ces temporalités influent donc sur nos amitiés au quotidien. Voir un ami tous les jours est ainsi une situation radicalement différente de cas où l’on se réunit plus ponctuellement avec des amis qu’on ne peut voir aussi souvent. Il est ainsi, dans cette dernière situation, beaucoup plus tentant d’idéaliser ces amitiés : « à chaque fois que l’on se retrouve, c’est comme si l’on s’était quittés la veille ! » se plaira-t-on à commenter devant le verre de l’amitié. Certes, mais qui sont ses amis qui vous suivent au quotidien et subissent jour après jour vos sautes d’humeur, vos doutes, vos coups de gueule ? Je parle de tous ces moments peu ragoûtants où vous êtes tellement vous-mêmes que vos pires défauts transparaissent en plein jour et donnent à voir les plus horribles pans de votre âme.


J’aimerais donc finir cette petite liste (qui ne se prétend pas exhaustive), avec un enjeu majeur que, pour ma part, j’ai souvent bien du mal à dépasser : le constat douloureux que, comme vous, vos amis ne sont pas parfaits. (Et s’ils l’étaient, ajouterais-je par esprit de boutade, ils ne seraient pas véritablement vos amis car vous les jalouseriez trop… ;)) Il vous faut donc supporter leurs mesquineries, leurs défauts, leurs erreurs et continuer de les aimer quand même. Parfois, sans crier gare, cette envie vous quitte, et vous les laissez simplement continuer leur chemin sans vous. Mais j’aime à croire qu’en général, quand l’attachement qui lie deux personnes est assez fort, alors les obstacles ne sont pas impossibles à franchir. Heureusement, s’il y a de mauvaises surprises en route, elles sont parfois contrebalancées par de meilleures !

 

Néanmoins, il apparaît raisonnable de considérer comme vérité générale que la déception est un sentiment qui, s’il est inévitablement très amer, est pourtant inhérent à toute amitié. Et ne devrait donc pas remplir nos cœurs de tristesse, puisqu’après tout, nous ne sommes qu'humains et tristement imparfaits : en vouloir à ses amis d’être tels qu’ils sont, ne vouloir d’eux que leurs qualités, revient à se masquer la réalité, qui veut que chaque bienfait est à double tranchant, et que rien ne s’obtient sans désavantage.

 

*

 

En définitive, et peut-être suis-je ici trop cynique, je pense que ce qui rend nos amitiés si précieuses à nos yeux, c’est que l’on ne supporte pas la solitude, et que, bien souvent, l’on ne supporte pas de réaliser qu’on a pu « perdre du temps » ou de l’énergie pour quelqu'un à qui l’on faisait pourtant confiance. En fait, aucune énergie n’est perdue si elle permet de reconquérir un ami ou de consolider une relation de confiance. Comme je l’ai ici souvent dit, je me définis moi-même par les gens que je côtoie et les amis que je me suis choisis (ou qui m’ont choisie). Ils incarnent au quotidien une image de moi qu’ils me renvoient ; perdre un ami serait donc un échec personnel, un signe alarmant que quelque chose dans votre vie ne va plus ou le signe annonciateur d’un changement de premier ordre que vous avez provoqué.


J’ai nombre d’amitiés que je me fais une joie d’entretenir, d’autres où les circonstances jouent en ma défaveur et où il me faut alors détromper les événements et les emplois du temps, d’autres enfin où le temps poursuit son œuvre et sépare nos chemins ; la faute à moi, à lui, à la grande roue qui tourne, ou à pas d’chance. Et puis, peut-être certains amis ne sont-ils destinés qu’à vous suivre un court moment, pour ensuite s’effacer tranquillement, sans qu’il n’y ait de heurts ou de larmes…[1]

 

***

 

L’important, dans tout cela, c’est sûrement de partager la même conception de l’amitié. Alors qu’on peut être très proche de quelqu'un d’extrêmement différent, on ne peut en revanche transiger sur certaines qualités essentielles de la relation. Pour certains, un ami n’est pas un confident, pour d’autres, il doit être un soutien aveugle et sans failles, ou au contraire un être vigilant susceptible de vous rappeler à tout moment vos erreurs afin que vous puissiez les corriger en toute confiance. Un ami doit-il être constamment agréable avec vous ? Ou au contraire vous pousser dans vos derniers retranchements par amitié pour vous ? Doit-on accepter ses reproches ou le blâmer pour son intransigeance ? Le fait-il d’ailleurs par amitié pour vous ou par commodité pour lui ?


J’ai ma petite idée là-dessus, vous aussi sans doute, et nul n’en possède la réponse. La seule chose que je conclurais avec vous, c’est qu’une belle amitié semble au moins aussi difficile à entretenir et aussi compliqué à vivre qu’un grand amour… non ?

 

Amicalement vôtre,

 

Sarah*



[1] Cette formule peut faire penser au concept d’ami jetable dit « à usage unique » décrit par le personnage d’Edward Norton dans Fight Club, mais cela n’a évidemment qu’un rapport très étroit avec mon propos.

Par Astérie* - Publié dans : Au jour le jour
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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 15:26

Envie-de-voyager-1--2-.jpgEnvie-de-voyager-2--2-.jpgEnvie-de-voyager-3--2-.jpgJe sais, je ne suis pas à plaindre, mais c'est juste qu'il y a encore TANT d'amis à qui rendre visite aux quatre coins de la planète, et au lieu de ça je suis obligée de compiler des recherches bibliographiques sans AUCUN intérêt à propos des discriminations à Toulouse ou des populismes d'Amérique Latine, vous ne trouvez pas ça d'une injustice folle vous ? Non ?

 

Bon, je retourne faire semblant de travailler alors...

 

Sarah*, blasée

Par Astérie* - Publié dans : Au jour le jour
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