Je me décide à sortir de mon mutisme pour me fendre de quelques bafouilles ; j'ai eu en effet deux semaines plutôt chargées, non en volume horaire (5h
hebdomadaires en moyenne, et ça va décroissant...) mais en travail personnel. Eh ouaip, en tant qu'étudiante étrangère je suis des cours adaptés, c'est-à-dire en anglais et "allégés"... pas
d'examens de fin de semestre mais des exposés à la pelle et des devoirs maison !
Les presentations (exposés) nous permettent de constituer des groupes et donc de nous connaître mutuellement, même s'il est
commun de retrouver en vos camarades de classe vos compagnons de boisson de la veille ("Ah tiens, t'étais pas celui avec son slip sur la tête hier soir ?"), rencontrés au détour d'une soirée
Erasmus. S'ils ont failli me faire flipper au début (faut tenir la route en anglais devant la classe quand même), je me suis vite rendu compte des exigences plutôt... légères. Là où un prof de
Sciences Po vous incendierait ("C'est quoi ce plan-tiroir ?", "Votre problématique n'est absolument pas pertinente" ou autres "Vous avez dépassé le temps imparti d'une minute quinze"), les profs
Finlandais vous sourient tout du long, vous applaudissent à la fin, et vous gratifient généralement d'un "This was a very good topic, with an interesting approach" assorti d'une autre
salve d'applaudissements.
Autant dire que j'ai vite compris le principe, et que j'en profite... D'autant plus que la plupart du temps, c'est à nous de choisir le sujet, sans même demander l'approbation du prof, et qu'en
plus on n'a jamais besoin de se justifier !!! Le plus dingue étant cette prof qui a félicité des étudiants pour avoir cité wikipedia... Bref, l'académisme formel à la française n'a pas cours ici,
et j'avoue que je le regrette. Zéro critiques, ça veut dire aucun moyen de s'améliorer, et zéro remise en question non plus. M'enfin, je ne vais pas m'en plaindre... Et en plus, je ne suis pas
sûre que ce soit le cas pour tous les cours en Finlande, peut-être juste pour les Erasmus.
Le study journal (journal d'étude) consiste en un summum de ce qu'on appelle communément à l'IEP du pipotage (vous savez, ceux qui jouent du "pipeau"), c'est-à-dire un gros
n'importe quoi. Je m'explique : plutôt que de demander aux étudiants d'apprendre par coeur et de réciter leurs cours pendant une semaine de partiels (ce qui en soi se justifie), les professeurs
nous demandent d'écrire un study journal, à savoir, euh... Même moi je n'ai pas encore compris le principe, et j'en ai déjà fait deux !
On nous décrit ça comme un exercice où nous devons écrire une page environ par leçon d'1h30, à propos des commentaires, analyses et réflexions que nous inspirent le cours en question. Autant le
dire franchement, le principe de départ peut sembler intéressant, mais lorsqu'on se retrouve nez-à-nez avec son cours, ça se finit souvent en résumé assortis d'annotations personnelles du genre
"Personnally, in my home country..." totalement inutiles. M'enfin, au premier j'ai eu 5/5 donc je dois avoir compris le système...
L'essay (dissertation) : cet exercice de la pensée fait partie des plus difficiles parmi tous ceux rencontrés durant ma scolarité. Bien que je le travaille depuis la classe de
première (en cours de français), il est très facile de passer à côté du sujet et de se voir honoré d'un joli 6/20 en partiels de ce socio, accompagné d'un "Le sujet n'a pas été compris" (souvenir
ému pour mon professeur J. J. qui m'a fait cadeau de cette annotation sobre mais efficace pour mon examen de sociologie politique du premier semestre). Du coup, devoir en rendre un en anglais a
eu de quoi me faire flipper, d'autant que l'unique consigne était "10 pages (tapées à l'ordinateur) minimum". DIX PAGES. EN ANGLAIS. Bien sûr. (A l'IEP, je n'ai jamais dépassé les 6 pages à
l'ordi ou 10 à la main en partiels). Mais ce serait sans compter la Finnish attitude du professeur finlandais qui, recevant mon essai terminé au prix d'un dur labeur, me déclara (sans
même regarder ma copie) : "Merci, je vous donnerai vos crédits dans le cours de la semaine je pense." ("Le système des crédits est désormais européen : en un semestre, un étudiant doit "récolter" 30 crédits . Chaque matière met en jeu plusieurs crédits, de 1 à 6 ou plus, et on les obtient en
ayant la moyenne à cette matière. Si je loupe une matière, je loupe les crédits qiui vont avec, et je risque mon semestre car je n'ai plus les 30 crédits. C'est compréhensible ?)
En gros, faire et rendre le devoir suffit pour avoir ses crédits, quelque soit la note obtenue (donc quelque soit le contenu de la dissert', bonne ou pas !). Inutile de vous dire que les bras
m'en sont tombés et, surtout, que j'ai regretté la journée non-stop passée à bûcher (visez un peu : de 9h à 3h du matin non-stop... quasiment 18h de travail d'affilé, mon record
personnel !).
Je terminerai ce petit tour d'horizon de la culture finlandaise en matière d'études (Finnish way of study, un peu long à traduire en français, d'où le titre en anglais... OUI je me
justifie d'abord pour éviter les critiques du style "un article très JCVD" :P) par un petit paragraphe à propos de ce fossé entre professeurs français et finlandais. Que je vous
explique.
En France, l'étudiant lambda est un microscopique rien-du-tout, ignorant et profondément bête, que le professeur d'université daigne abreuver de son savoir (tout en sachant qu'il perd son
temps puisque l'étudiant lambda ne pense qu'à boire, faire la fête et forniquer). Du haut de sa chaire, il règne sur l'amphi' à coups de grandes phrases pompeuses et d'allégations savantes qu'il
fait mine d'avoir inventé tout seul (d'ailleurs, plus elles sont longues et alambiquées, plus elles ont de chances de provenir de son cerveau tordu). Si d'avenir il venait à l'étudiant
si lambda de s'aventurer à vouloir oser avoir l'audace de poser une question, il lui faudra d'abord braver le flot de paroles ininterrompues qui s'échappent des lèvres dudit savant
professeur, et ce devant plusieurs centaines d'étudiants. Si ce dernier daigne s'interrompre et laisser l'inconscient risquer une timide question, il pourra choisir entre un mépris manifeste
("C'est ce que je viens d'expliquer") ou une indifférence dédaigneuse qui laisse pour seule solution à l'étudiant tellement lambda de se ratatiner sur son banc.
Je serais méchante d'affirmer que c'est le cas avec tous les professeurs d'université français, mais hélas, c'est souvent le cas.
Prenons maintenant un professeur finlandais. Souvent jeune et dynamique (mais où sont passés les vieux Finlandais ? Il faut que je vérifie l'âge du départ à la retraite dans ce pays !),
amène, souriant et disponible, il entre dans la salle de classe (oubliez les amphis) avec un joyeux "Good morning everybody !". Désireux de mettre à l'aise les étudiants, "ses" petits jeunes
assoiffés de savoir, il s'exprime avec conviction et en vous regardant droit dans les yeux (petite pensée pour mon professeur d'économie de 2e année M. R.-D. qui fixait le mur du fond avec
un regard si morne qu'il semblait à tout moment sur le point de s'endormir d'ennui). Son introduction est d'ailleurs ponctuée de "Feel free to ask" et autres "Don't hesitate to stop
me". Si quelque envie d'entrer ou de sortir vous prend pendant le cours, ne demandez rien, faites. Arriver en retard ne vous oblige absolument pas à vous excuser, et si vous avez faim, et
bien mangez ! Les cours se finissent d'ailleurs généralement par une discussion générale, où chacun est amené à donner son avis et à commenter le cours, sans oublier de questionner le prof en
long, en large et en travers. Avant de partir, celui-ci nous rappelle obligeamment de vérifier notre boîte mail, sachant qu'il nous enverra un résumé des informations énoncées en classe pour
éviter aux étourdis et aux absents d'être pénalisés (!!!). Tout cela en signant son mail par son prénom, parfois même par son surnom, ou assorti d'un smiley ":)". Non, vous ne rêvez
pas. Petites perles que j'ai relevées rien que pour vous : "Merci d'être venus malgré la neige et le froid", "J'ai entendu que vous êtes nombreux à partir en voyage cette semaine, voulez-vous
que j'annule les cours ?", "Merci beaucoup pour votre attention et vos merveilleuses questions" etc.
Vous l'aurez compris, pauvres petits étudiants étrangers que nous sommes, nous nous trouvons parfois confondus par tant de gentillesse (car j'ai comparé avec les autres étrangers, les professeurs
d'université français ne sont pas uniques en leur genre). Ajoutez à cela des locaux de rêve, ultra-moderne et over-furnished, des restaurants étudiants extra-bons, et vous
comprendrez peut-être mieux la réussite du système éducatif finlandais.
Restent qu'ils sont nuls pour problématiser leurs dissert' et exposés, mais ça, c'est pas comme si c'était devenu un mécanique quasi-irréversible consécutif à une over-dose de Sciences Pipotage
aigüe...
Après ce pavé (sans doute inspiré par ma non-envie de commencer mon study journal pour mon cours de Globalization and Social Justice), je vous laisse en compagnie d'une petite
gribouille que m'avait inspiré un déboire, assez vieux désormais.
(Papy, mamie, chère famille, ne vous inquiétez pas, je ne suis pas devenue alcoolique. Enfin, pas encore.)
Bisous finlandais (jolie oxymore, mais ça je vous l'expliquerai un autre demain...)
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Hi ! Et moi qui croyait que le soleil faisait le bonheur de la mobilité ... profites de l'Erasmus attitude !!<br />
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PS : mon bref passage à Toulouse il y à 2 mois me permet d'infirmer la thèse du manque de lumière dans les toilettes du milieu ... et oui ^^ le monde change en notre absence.<br />
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Le soleil en Finlande, sujet douloureux... Prie avec moi pour le voir enfin apparaître, après 3 mois d'absence !<br />
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Quant à ces fameuses toilettes, que dire à part "Waouh, enfin !". En espérant que le monde ne fera pas marche arrière d'ici notre retour...<br />
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E
Eva
05/04/2010 18:33
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Incroyable cet enseignement, je l'appellerai l'enseignement anti-rides et anti-stress lol... peut-être est-ce ça la "scandinavian positive attitude" dont je n'ai pas encore percé le mystère !<br />
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A mon avis, tu n'es pas loin de la vérité, perso je m'interroge encore !<br />
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T
Tiph'
23/03/2010 19:54
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Bien le bonjour,<br />
Voici qu'en "glandouillant" sur notre très cher (ou pas...) Fesse de bouc, je me suis trouvée face à face avec l'adresse de ton blog. Etant restée sur l'idée que tu l'avais stoppé il y a déjà de<br />
nombreux mois, je fus interloquée et me suis précipitée sur l'URL...<br />
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Et c'est avec délice que j'ai découvert tes nombreux articles sur toutes tes petites "pérégrinations"... J'avoue avoir parcouru brièvement le Togo, mais, ce n'est qu'avec un intérêt prolongé que<br />
j'ai lu le voyage en Laponie et ton quotidien finlandais!!!<br />
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Bref, contente de voir que tout se passe bien... Et petite pensée pour toi en cette journée où ici, à Grenoble, nous avons largement dépassé les 20°C dans l'aprèm: le début des révisions dans<br />
l'herbe, puis ensuite des demis en terrasse, tout en voyant les flancs (?) de montagne encore enneigés...<br />
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Bisous ensoleillés<br />
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Pourquoi tout le monde se sent-il obligé de me rappeler que, ailleurs qu'en Finlande, le soleil brille et réchauffe l'atmosphère ? Parce que c'est moi qui<br />
ai choisi un pays nordique ? Ah oui, peut-être... ^^"<br />
Tout ca pour dire que je sus heureuse que mes p'tites nouvelles te plaisent, j'essaye de vous faire partager avec moi ce quotidien Erasmus, et je suis heureuse que ca fonctionne ! J'espère que<br />
tout va bien pour toi, aparemment oui si j'en crois ton commentaire... gardez-moi un peu de soleil pour mon retour, moi aussi je veux atteindre les 20 degrés !!!<br />
Gros bisous !<br />
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C
Caro
23/03/2010 07:36
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Hoho, je reconnais le système éducatif de l'Angleterre, notamment un mail de la très sérieuse Dr Margaret A., paraphé d'un sympathique "lov', Maggie"...<br />
Enjoy the life then! Mais ne t'habitue pas trop aux locaux modernes, dans 6 mois, t'es rue des Puits Creusés, avec une forte probabilité de ne pas avoir de lumière dans les toilettes du milieu.<br />
Et bon voyage, petite chanceuse ;-)<br />
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Arf, et les portes qui grincent, les tables pourries, les fenêtres cassées, les... !!! Heureusement pour l'IEP que je suis amoureuse de Toulouse =).<br />
...Et J-4 avant la Suède héhé :P<br />
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