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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 01:12

Ce soir, j’ai fêté Thanksgiving pour la première fois ! J’étais invitée par une amie d’une amie, membre de l’association protestante Agapé, dans les locaux de l’Armée du Salut, association chrétienne elle aussi. Je vous avoue que je ne le savais pas avant d’y aller, et que j’ai été assez surprise de découvrir, d’abord les affiches collées au mur (« Jésus a dit : je suis la porte »), puis les propos de certains participants, clairement orientés vers leur religion. La soirée était très réussie (maintenant, je suis incollable sur Thanksgiving, et on a mangé comme des rois !) mais m’a aussi inspiré quelques brouillons de réflexion sur les religions et les croyances en général.

 

Athee-souhaits2.jpg

 

***

 

Comme vous le savez sans doute, je suis athée. Mais même forte de cette (non- ?)conviction, je suis tout de même régulièrement amenée à l’interroger, car si j’ai été élevée loin de tout milieu confessionnel (ni éducation religieuse, ni pratiques), on ne peut grandir sans rencontrer des croyants, ou tout simplement s’interroger sur ses propres (non-)croyances. Je vous propose donc d’adopter mon regard, celui d’une jeune fille athée anticléricale et très mal à l’aise vis-à-vis de la religion en général.

 

*

 

Tout d’abord, je dois avouer que les milieux pratiquants me déconcertent ; comme toute pratique sociale, la religion est le lieu d’un entre-soi, où chacun parle le même langage, avec un vocabulaire bien à soi, et une manière bien particulière d’évoquer ou de concevoir les choses. N’importe qui aura ressenti un jour cette étrange sensation d’intégrer un monde à part, avec ses pratiques et codes sociaux, plus ou moins parallèle avec sa propre trajectoire (je pense que le monde confessionnel n’est qu’un exemple parmi d’autres). Aussi, c’est toujours une surprise de constater à quel point la religion et la foi peuvent être des éléments centraux de l’identité de tant de personnes, tandis je me définis moi-même sans penser un seul instant à la religion.


Ensuite, admettons ensemble qu’observer des croyants d’un œil totalement athée peut être très… drôle (pardon !!). Certains sont admiratifs de ceux qui ont la foi, moi je me classerais tout de suite dans la catégorie des sceptiques. Comment comprendre des déclarations du type « j’ai complètement redécouvert le Seigneur et sa grâce m’a touché » quand pour soi la simple évocation d’une quelconque entité supérieure attentive à tes moindres faits et gestes te fait immédiatement penser à un vieux bonhomme en toge assis sur un nuage ? Cette association d’idée, née d’une éducation athée mais traversée de références chrétiennes et mythologiques, est quasiment impossible à écarter de l’esprit. J’ai beau savoir pertinemment que chaque croyant a sa propre définition de Dieu, et que les chrétiens sont les premiers à te dire que la Bible doit être comprise comme une parabole et non à prendre au pied de la lettre, je dois réprimer un premier mouvement fort honteux pour moi et blessant pour l'autre : le rire.


Car enfin, lorsque l’on est athée, même avec un niveau maximum de respect et de compréhension des croyants, l’on possède un point de vue extrêmement rationnel sur les choses, aussi savoir que « Jésus est notre sauveur » ou que si l’on ne croit pas en Lui on encoure les flammes infernales, ramène spontanément à penser les croyances religieuses comme une vision mythologique sinon archaïque du monde. Sans tomber dans le débat-tarte-à-la-crème « science vs. croyance », je suis intimement convaincue que les religions, du moins les plus dogmatiques, résultent d’une construction sociale à contextualiser et complètement dénuées de fondement. C’est mon avis, et comme un croyant sera toujours « triste » pour toi que tu ne crois pas, je serai toujours « triste » pour le croyant qu’il croie en de telles superstitions. D’où ma difficulté à être réellement tolérante avec les croyants, car même si je sais très bien qu’ils ont le droit de croire, et que mon avis n’a rien de supérieur, je suis persuadée que la foi est écran de fumée.


Là est un autre aspect du débat : suis-je réellement athée ? Car en vrai, je ne suis pas des plus rationalistes : j’ai des croyances qui dépassent le simple domaine du réel ou du tangible, que les religieux qualifieraient sans doute de « spirituelles ». Cependant, je refuse de croire une seconde en un esprit divin, souverain, omniscient et omniprésent, et encore moins de penser que quelqu’un/quelque chose sait mieux que moi ce qui est bon pour moi, et que cette entité tente de me sauver contre mon gré d’un abîme horrible de péchés. Et encore vraiment moins que certains ont pu entendre la parole divine pour la retranscrire en bible avec pour devoir de la diffuser aux quatre coins de la planète. En fait, je serais plus « anti-religion ».


Cette position, je l’admets, est très dure. Mais elle se défend : pourquoi Mohammed aurait-il plus raison que Jésus ou Bouddha ? Pourquoi y a-t-il eu pléthore de prophètes au temps du Christ, et pourquoi n’y en a-t-il plus aujourd'hui ? Comment les Juifs reconnaîtront-ils leur messie ? Qui peut croire un seul instant que, si Dieu existe, Il s’intéresse à des fourmis comme nous ? Car enfin, si j’étais Lui, jamais je ne me préoccuperais un seul instant de pauvres créatures comme nous. Et pourquoi Dieu serait-il Amour ? S’Il est à ce point supérieur, comment pouvons-nous seulement entendre ses propos et mettre des mots humains dessus ? Bref, je ne suis certes ni la dernière ni la première à émettre ce genre de réserves, d’ailleurs inaudibles par les croyants : en effet, le « débat » est absolument impossible car j’ai des arguments rationnels, tandis que les croyants ont un argumentaire spirituel. Autant essayer de communiquer avec un Chinois sans parler le mandarin : personne ne comprend l’autre.


Et c’est la grande critique que je fais à la religion : à partir du moment où l’on choisit une religion (ou que l’on est choisi, je n’ai jamais très bien réussi à comprendre si un croyant choisissait d’avoir la foi ou si elle lui tombait dessus du jour au lendemain), on pense nécessairement que les autres sont dans le tort, sinon cela induirait qu’on ne puisse pas avoir raison, puisqu’il n’existe qu’un seul dieu (bon, du moins dans les grandes religions monothéistes, pour ce que j’en sais). Et j’ai beau savoir que des gens mille fois plus intelligents que moi consacrent leur existence à la théologie, je ne peux me dire : comment peut-on croire que notre religion est LA croyance absolue, la seule à avoir, la seule valable ? Ce dogmatisme, en politique, conduit aux pires conduites ; en religion, c’est la norme. Le prosélytisme en est l’aspect que je déteste le plus. Pour moi, la croyance est du domaine du privé, et la religion est un intermédiaire obsolète, et parfois dangereux (je ne généralise pas, bien que les guerres de religion soient plus qu’une réalité, loin de moi de voir en chaque croyant un dangereux fanatique !).


Pourquoi, lorsque l’on cherche à avoir une réflexion spirituelle, devrait-on immédiatement se tourner vers une religion ? La croyance n’existerait-elle pas en dehors de toute religion ? Est-on obligatoirement obligé de se coltiner tout un passé religieux, empli de saints, de coutumes, d’interdits, de prédications ? Pourquoi ne peut-on pas tout simplement réfléchir et s’interroger, et même croire, sans immédiatement être obligé de choisir une religion ? Pourquoi ne pourrait-on pas s’adresser à un autre croyant comme juste « croyant » et non actuellement à un chrétien catholique ou protestant-évangéliste ou que sais-je encore ? Pourquoi a-t-on besoin de cette catégorisation ?


Ma réponse, embryonnaire et hésitante, serait que l’on a besoin de réponses toutes prêtes, de « prêt-à-penser », de repères ; j’imagine bien sûr que chaque croyant a son propre parcours, et qu’aucun chrétien par exemple ne ressemble à son voisin, mais pour moi ce parcours devrait rester personnel jusqu’au bout, et non rencontrer un jour une pensée… « pensée » pour toi. Pour moi, la religion ne devrait pas avoir le monopole de la spiritualité. (J’avoue, je mets toutes les religions dans le même sac, mais je ne demande qu’à ce que l’on ouvre le débat sur des religions qui ne rempliraient pas les critères que je dénonce ici.) Et de toute façon, tout ce qui a des allures de « bonne parole » me fait fuir en courant, parce que j’estime que ne serait-ce que penser qu’elle puisse exister, c’est nier toute distance critique avec n’importe quelle idée/pensée, qu’elle soit religieuse ou politique. Et si le parcours d’un croyant, c’est de trouver la voie, alors j’y vois déjà un fanatisme (oui, je vais loin). Mais je ne demande qu’à être détrompée, même si on me répond souvent « tu ne crois pas, tu veux des arguments rationnels, mais ce n’est pas possible, car c’est une question de foi »…

 

*


Et pour finir cette petite réflexion, je dirais aussi qu’en tant que féministe j’ai une grosse dent contre la religion en général, qui a participé à l’oppression des femmes (sauf certaines branches protestantes). Alors qu’on ne vienne pas me parler d’Amour quand au nom de croyances on justifie la privation de droits individuels, fondamentaux à mon sens bien que les religions soient un reflet de leurs temps, et donc pas les seules à remettre en cause dans ce processus… comme une preuve de leur incapacité à se détacher de tout contexte et à ne produire qu’un discours situé et temporel… ?

 

Sarah*, en pleine croisade d'athéiste convaincue

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commentaires

L

Je remarque une petite évolution dans ton athéisme convaincu, ce qui ne peut que me faire sourire, quand je repense à nos vieux débats enflammés. Je me souviens notamment d'un débat houleux sur les
fauteuils du salon de chez Melly, où tout le monde nous demandait de nous taire, tant la discussion devenait forte !
Qu'importe aujourd'hui de croire ou de ne pas croire, l'essentiel est d'ouvrir son esprit à toutes les possibilités. La réflexion est peut-être la véritable religion.

Lily, profondément théiste ;-)


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A


Tout à fait d'accord : je vais me convertir à la philosophie, et puis pas besoin d'une bible pour réfléchir aux choses essentielles, un peu d'introspection et des
discussions entre amis ça suffit ;)



D

Donc finalement nos points de vue convergent, c'est la bien religion et pas le fait de croire que nous remettons en cause.


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A


Je pense oui, même si pour ma part je suis plus ignorante que toi, sur la question puisque j'ai grandi dans un milieu non pratiquant (mais croyant tout de
même).



D

Ah je vois que notre virée ne t'a pas laissée indifférente !

j'ai pour ma part une réponse plus nuancée, sûrement due aux relents de mon éducation protestante. Si je suis la première à assumer le choix qui a été le mien, c'est-à-dire de ne pas suivre le
chemin de la foi protestante qui m'avait pourtant été ouverte par mes parents, je ne pense pas qu'il faille plaindre ces pauvres-arriérés-de-croyants pour autant.

Je te propose de faire une différence entre celui qui croit en "le" Dieu et que j'appelle le croyant-religieux, et celui qui croit qu'il existe quelque chose que l'esprit humain est incapable de
comprendre (appelles le Dieu, la Vie, le Souffle, l'Esprit, le Grand Horloger de Voltaire, etc), et que j'appelle de croyant théiste. Je considère également le croyant religieux uniquement dans sa
relation avec Dieu. Pour être tout à fait honnête, je me limite même au croyant religieux que je connais : le protestant, c'est-à-dire celui qui croit que Dieu l'a sauvé de la mort par la
grâce.

J'ai délaissé la croyance religieuse et préféré la croyance théiste (une sorte de troisième voie) à l'athéisme par choix. Ton choix est autre, mais une différence fondamentale nous sépare :
j'admets que tous les points de vue puissent exister (n'allons pas jusqu'à dire se "justifier" parce qu'il faut bien reconnaître qu'on en est encore incapable).

Je voudrais te montrer que finalement, tu parles le même langage que le religieux en étant si catégorique : celui de la vérité. Philosophiquement, énoncer pour vérité qu'il n'y a pas de Dieu mène
dans la même impasse que celle qui énonce qu'il y a Dieu. Tu manies des arguments qui m'ont conduis à délaisser la religion : le croyant religieux (de même que l'athée) est trop souvent incapable
de concevoir l'altérité. Il regarde celui qui a choisi un autre système de pensée avec condescendance. Il réfute l'idée qu'on puisse choisir de croire ou non. D'un côté, l'athée pense que le
croyant est faible d'esprit et qu'il cède à une facilité intellectuelle pour expliquer le monde. De l'autre côté, le croyant religieux croit que l'athée n'a pas encore été touché par la grâce.

Je rejette ces deux positions à mes yeux intolérantes et qui nient le libre arbitre. Je rejette l'athéisme catégorique qui pose pour vérité que Dieu n'existe pas et qui n'est de ce point de vue pas
plus satisfaisant que la religion. Je le rejette également car je ne peux donner un sens à ma vie qu'en lui conférant une dimension spirituelle. Mais j'admets que c'est un choix de ma part, et que
d'autres trouvent un sens à leur vie en dehors de toute spiritualité. Je rejette aussi la religion (en tout cas protestante que je connais) selon laquelle m'a vie n'aura de sens qu'à partir du
moment où j'aurai été touchée par la grâce. C'est pour cela que je CHOISIS le théisme car l'idée d'une entité spirituelle supérieure m'est suffisante pour donner un sens à la vie.

Quelle explication donnes-tu à mon point de vue ? Faiblesse d'esprit ou conception différente de notre présence sur Terre ?


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A


Effectivement je n'ai pas fini de cogiter à propos de ces questions !!

Je pense que je vois ce que tu veux dire, et je suis plutôt d'accord avec toi.


En revanche, il y a un point sur lequel nous nous sommes mal comprises : bien que j'admette, non sans honte, une certaine intolérance, celle-ci est dirigée vers la
religion, et non vers les croyants et leurs croyances. Au contraire, moi-même, dans une certaine mesure, je ne suis pas totalement dénuée de croyances (il me reste donc un travail de vocabulaire
à entreprendre : suis-je athée ou déiste/théiste ?). Ce que je rejette, en fait, c'est la religion en tant que dogme, en tant qu'intermédiaire entre le croyant et sa croyance. Mon intolérance à
moi, c'est que je n'imagine pas suivre un dogme, une pensée "pré-pensée" (même si encore une fois je ne mets pas en doute le cheminement individuel de la foi, je sais bien que chacun a le sien
propre, et que beaucoup de pratiquants ne suivent pas leur religion au pied de la lettre), des pratiques imposées etc. Je rejette donc le principe de la religion temporelle, contextuellement
située, par rapport aux croyances individuelles, personnelles. En définitive, ce qui me gêne chez un croyant, ce n'est pas sa croyance en tant que telle : qui suis-je pour la juger ? Elle lui
appartient en propre. Ce qui me gêne, c'est la religion comme monopole de la spiritualité. Le seul problème, c'est qu'en critiquant la religion, je critique donc le croyant qui la pratique, et
c'est donc sans doute là que se situe mon intolérance. Mais je ne prétends pas avoir plus raison que n'importe qui, ni prétendre colporter la vérité. Si moi petite Sarah prétendais détenir la
vérité au sujet de l'existence de Dieu, alors il ne resterait qu'à m'enfermer !!!


D'ailleurs, tu dis avec justesse qu'être athée, au final, c'est en fait parler le langage du religieux, c'est être catégorique. Mais je pense en fait que c'est la
définition française de la laïcité, qui est extrêmement dure envers les religions et qui m'influence énormément. Or, le pas est vite franchi entre l'indifférence et l'opposition aux religions. On
parlait d'ailleurs récemment en cours de la laïcité française comme une religion en soi ! (d'où la notion de "laïcard")


En revanche, même si je suis donc très critique et très méfiante envers la religion,  comme l'aurait écrit Voltaire "Je ne suis pas
d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire" : la tolérance envers les religions est un indicateur important d'une vie démocratique,
et plus simplement de la liberté d'expression. Aussi, même si la notion de religion me met très mal à l'aise, il est inconcevable de nier leur droit d'existence, loin de moi ce propos. Et elles
restent d'ailleurs un excellent moyen sociologique d'analyser une société en fonction de ses pratiques religieuses !


La question qui subsiste est donc : alors, athée ou théiste ? Je n'ai pas tranché !



J

Moi, le truc que j'adore dans certaines religions, c'est les fêtes :u
Après, j'avoue que je partage totalement ton point de vue vis à vis de la religion ... sauf pour le point "Feministe" (je te taquine ^^)


Répondre
A


J'avoue que si on m'enlevait Noël, je serais bien malheureuse...!!



J

un seul mot: déisme


Répondre
A


Ou théisme ?



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  S'installer ailleurs, une grande aventure...
Je la vivrai avec vous, si vous le voulez bien :).
 

Je suis là, blottie dans mon lit, sous la couette : musique à fond, des étoiles au plafond, mes bouquins pour dessus-de-lit, mes dessins pour oreiller, et vous pour m'accompagner dans ce drôle de rêve. 

Pour autant, rien n'exclut les moments de folie, les fous rires endiablés, les délires assumés et les prises de position passionnées !
Aussi je vous invite à suivre mes pérégrinations... aussi bien virtuelles, que visuelles, imaginaires, touristiques, méditatives, sentimentales, estudiantines ou festives. 
Bien à vous,
Astérie*

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