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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 17:22

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Parallèlement à l’amour, qui apparait le plus souvent comme un sentiment instable et imprévisible, l’amitié semble nous réchauffer de sa solidité, de sa confiance et autres sentiments enveloppants et rassurants. J’aimerais néanmoins battre en brèche cette potentielle tranquillité, qui élude un peu vite les petits combats du quotidien pour construire cette forteresse « amitié » sans laquelle nous ne serions pas ce que nous sommes.

 

***

 

Tout d’abord, postulons ensemble que l’amitié est une affaire de cœur et d’affection, sinon d’adoration. Comment être ami avec celui que l’on méprise ? Aussi, il devient inévitable qu’une variation de cette affection, admiration etc. modifie cette amitié, l’ampute même parfois d’une dimension essentielle. Comme l’amour, on ne badine pas avec l’amitié, qui n’est jamais acquise, et intrinsèquement attachée à la personne en face. Les promesses éternelles sont pure poudre aux yeux, un moyen de plus de se rassurer sur des sentiments qui, de fait, sont éphémères.

 

*

 

Dans l’affaire qui nous concerne, la deuxième supercherie serait la croyance naïve en l’intemporalité d’une relation amicale. Ici et maintenant, nous sommes amis, mais là-bas et demain, qu’en sera-t-il ? Les circonstances temporelles, les lieux, les événements extérieurs sont aussi déterminants que les qualités et résonnances liées aux personnalités propres (et, par définition, plus stables) que l’on découvre en l’autre. Comme ces dernières, les événements extérieurs peuvent empêcher ou favoriser une amitié. La renforcer ou l’achever. Et aucune promesse ne peut raisonnablement prendre en compte ces aléas de la vie, sur lesquels personne n’a de prise.


Dans ces circonstances, il faut tenir compte du rôle joué par d’autres individus. Il y a les amis que l’on se fait en bande, et qui dépendent donc de celle-ci ; il y a les amitiés individuelles, écloses incidemment et peut-être donc plus fragiles, à moins qu’elles ne soient plus fortes ; il y a les amitiés d’enfance, moins choisies mais plus puissantes ; et tant d’autres encore…


On évoquera aussi nos choix de vie, qui laissent certains amis sur le carreau : ceux qui en ont fait des radicalement différents, et avec qui les terrains d’entente deviennent rares, ceux qui ne comprennent pas les nôtres, les jugent, et les condamnent ; ceux qui les accompagnent, les encouragent, les renforcent. (Une vision peut-être manichéenne, mais qui englobe néanmoins un nombre significatif de mes amis.) Ces choix de vie, pourtant, nous correspondent : nous les façonnons en fonction de nos goûts, aspirations et désirs d’avenir, et qu’un ami les refuse, alors nous considérons, sans doute à juste titre, qu’ils ne nous correspondent plus.

 

*

 

Ces temporalités influent donc sur nos amitiés au quotidien. Voir un ami tous les jours est ainsi une situation radicalement différente de cas où l’on se réunit plus ponctuellement avec des amis qu’on ne peut voir aussi souvent. Il est ainsi, dans cette dernière situation, beaucoup plus tentant d’idéaliser ces amitiés : « à chaque fois que l’on se retrouve, c’est comme si l’on s’était quittés la veille ! » se plaira-t-on à commenter devant le verre de l’amitié. Certes, mais qui sont ses amis qui vous suivent au quotidien et subissent jour après jour vos sautes d’humeur, vos doutes, vos coups de gueule ? Je parle de tous ces moments peu ragoûtants où vous êtes tellement vous-mêmes que vos pires défauts transparaissent en plein jour et donnent à voir les plus horribles pans de votre âme.


J’aimerais donc finir cette petite liste (qui ne se prétend pas exhaustive), avec un enjeu majeur que, pour ma part, j’ai souvent bien du mal à dépasser : le constat douloureux que, comme vous, vos amis ne sont pas parfaits. (Et s’ils l’étaient, ajouterais-je par esprit de boutade, ils ne seraient pas véritablement vos amis car vous les jalouseriez trop… ;)) Il vous faut donc supporter leurs mesquineries, leurs défauts, leurs erreurs et continuer de les aimer quand même. Parfois, sans crier gare, cette envie vous quitte, et vous les laissez simplement continuer leur chemin sans vous. Mais j’aime à croire qu’en général, quand l’attachement qui lie deux personnes est assez fort, alors les obstacles ne sont pas impossibles à franchir. Heureusement, s’il y a de mauvaises surprises en route, elles sont parfois contrebalancées par de meilleures !

 

Néanmoins, il apparaît raisonnable de considérer comme vérité générale que la déception est un sentiment qui, s’il est inévitablement très amer, est pourtant inhérent à toute amitié. Et ne devrait donc pas remplir nos cœurs de tristesse, puisqu’après tout, nous ne sommes qu'humains et tristement imparfaits : en vouloir à ses amis d’être tels qu’ils sont, ne vouloir d’eux que leurs qualités, revient à se masquer la réalité, qui veut que chaque bienfait est à double tranchant, et que rien ne s’obtient sans désavantage.

 

*

 

En définitive, et peut-être suis-je ici trop cynique, je pense que ce qui rend nos amitiés si précieuses à nos yeux, c’est que l’on ne supporte pas la solitude, et que, bien souvent, l’on ne supporte pas de réaliser qu’on a pu « perdre du temps » ou de l’énergie pour quelqu'un à qui l’on faisait pourtant confiance. En fait, aucune énergie n’est perdue si elle permet de reconquérir un ami ou de consolider une relation de confiance. Comme je l’ai ici souvent dit, je me définis moi-même par les gens que je côtoie et les amis que je me suis choisis (ou qui m’ont choisie). Ils incarnent au quotidien une image de moi qu’ils me renvoient ; perdre un ami serait donc un échec personnel, un signe alarmant que quelque chose dans votre vie ne va plus ou le signe annonciateur d’un changement de premier ordre que vous avez provoqué.


J’ai nombre d’amitiés que je me fais une joie d’entretenir, d’autres où les circonstances jouent en ma défaveur et où il me faut alors détromper les événements et les emplois du temps, d’autres enfin où le temps poursuit son œuvre et sépare nos chemins ; la faute à moi, à lui, à la grande roue qui tourne, ou à pas d’chance. Et puis, peut-être certains amis ne sont-ils destinés qu’à vous suivre un court moment, pour ensuite s’effacer tranquillement, sans qu’il n’y ait de heurts ou de larmes…[1]

 

***

 

L’important, dans tout cela, c’est sûrement de partager la même conception de l’amitié. Alors qu’on peut être très proche de quelqu'un d’extrêmement différent, on ne peut en revanche transiger sur certaines qualités essentielles de la relation. Pour certains, un ami n’est pas un confident, pour d’autres, il doit être un soutien aveugle et sans failles, ou au contraire un être vigilant susceptible de vous rappeler à tout moment vos erreurs afin que vous puissiez les corriger en toute confiance. Un ami doit-il être constamment agréable avec vous ? Ou au contraire vous pousser dans vos derniers retranchements par amitié pour vous ? Doit-on accepter ses reproches ou le blâmer pour son intransigeance ? Le fait-il d’ailleurs par amitié pour vous ou par commodité pour lui ?


J’ai ma petite idée là-dessus, vous aussi sans doute, et nul n’en possède la réponse. La seule chose que je conclurais avec vous, c’est qu’une belle amitié semble au moins aussi difficile à entretenir et aussi compliqué à vivre qu’un grand amour… non ?

 

Amicalement vôtre,

 

Sarah*



[1] Cette formule peut faire penser au concept d’ami jetable dit « à usage unique » décrit par le personnage d’Edward Norton dans Fight Club, mais cela n’a évidemment qu’un rapport très étroit avec mon propos.

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commentaires

L

Il est amusant de voir que l'on réalise bien tard combien l'amitié nécessite d'attention et de patience, tandis que nous en sommes très tôts conscients pour le domaine amoureux. Merci d'avoir
apporté ta plume au débat, l'amitié ne va pas de soi, cela devait être souligné :) Bisous la belle !


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A


Eh oui, quand on ne s'en aperçoit pas trop tard d'ailleurs...



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